Pourquoi j’ai appelé mon fils Karol

Jean-Paul II

Lorsque j’ai rencontré celle qui allait devenir ma femme, il y a huit ans déjà, nous avons tout naturellement évoqué les prénoms que nous voudrions pour nos enfants…

-  Si tu as un garçon, tu l’appelleras comment ? lui ai-je demandé.

- Karol !

- Ça alors, moi aussi ! lui ai-je aussitôt répondu…

Lorsque nous avons attendu notre premier enfant, nous avons donc su, dès le verdict de l’échographie, que notre aîné s’appellerait Karol. Quelle chance de s’être entendus si vite ! ;-)

Bien sûr, ce choix n’est pas un simple hasard : issus de la « génération Jean-Paul II »,  nous avons vécu nos vingt premières années sous ce pontificat.  Pour ma femme, Jean-Paul II a été un père, au sens propre. Pour moi, une bouée, un phare, un autre père. Quoi de plus naturel que de donner à ses enfants le nom d’un père ou d’un grand-père chéri de qui l’on a beaucoup reçu ?

Je me souviens particulièrement avoir croisé son regard au JMJ de 1997. Regard d’une telle intensité… Ces journées me donnèrent pour la première fois envie d’évangéliser dans la rue, dans le métro, certains conducteurs disant eux-mêmes : « il est devenu vivant ! ».

Et puis, les JMJ de Rome, en 2000. Cette veillée inoubliable de Tor Vergata, où le pape était en parfaite osmose avec le million de jeunes présents, tel un père avec ses enfants, répondant à nos ovations en agitant joyeusement les bras. Je me souviens particulièrement de son discours cette nuit-là, sur le thème « Et pour vous, qui suis-je ? » (Mt 16,15) (-peut-être parce que mes amis me demandèrent de répéter à haute voix la traduction de ma petite radio sans haut-parleur…) Il nous demandait alors d’aller « à contre courant » pour suivre le Christ :

« Chers amis, aujourd’hui encore, croire en Jésus, suivre Jésus sur les pas de Pierre, de Thomas, des premiers Apôtres et témoins, exige de prendre position pour lui, et il n’est pas rare que ce soit comme un nouveau martyre : le martyre de celui qui, aujourd’hui comme hier, est appelé à aller à contre-courant pour suivre le divin Maître, pour suivre «l’Agneau partout où il va» (Ap 14, 4). Ce n’est pas par hasard, chers jeunes, que j’ai voulu que pendant l’Année sainte on fasse mémoire, près du Colisée, des témoins de la foi du XXe siècle. »

Je me souviens encore lorsqu’il est entré dans la Vie. J’avais trouvé l’attente insupportable et j’étais allé au cinéma. Après le film, dans le RER, j’avais allumé mon portable et appris la nouvelle. J’eu la gorge subitement nouée. C’était pour moi la perte brutale d’un être très cher, avec qui j’avais vécu, et je m’y étais mal préparé. De plus, je ne pu me rendre à son « enciellement terreste » à Rome… un vrai traumatisme !

Mais le souvenir de Jean-Paul II n’est pas resté une simple nostalgie. J’ai commencé à me plonger dans sa vie, ses écrits, son oeuvre. En 2009, lorsque j’ai publié mon livre « Dieu est de retour, la nouvelle évangélisation de la France », j’ai voulu rappeler comment, encore cardinal, il avait suggéré au pape Paul VI de reprendre à son compte les conclusions du 4e synode des évêques sur l’évangélisation dans le monde moderne, ce qui donna  précisement naissance à l’exhortation apostolique Evangelii nuntiandi, texte de référence sur l’annonce de la Bonne Nouvelle dans nos sociétés démontées. N’est-ce pas le pape François qui en parle dans son encyclique Evangelii gaudium au paragraphe 123 ?

« Dans la piété populaire, on peut comprendre comment la foi reçue s’est incarnée dans une culture et continue à se transmettre. Regardée avec méfiance pendant un temps, elle a été l’objet d’une revalorisation dans les décennies postérieures au Concile (lancé par un certain Jean XXIII ! – ndJBM). Ce fut Paul VI, dans son exhortation apostolique Evangelii Nuntiandi qui donna une impulsion décisive en ce sens. Il y explique que la piété populaire « traduit une soif de Dieu que seuls les simples et les pauvres peuvent connaître » et qu’elle « rend capable de générosité et de sacrifice jusqu’à l’héroïsme lorsqu’il s’agit de manifester la foi ».

Nous ne pouvons pas non plus oublier comment, devenu pape, Jean-Paul II appela à une évangélisation nouvelle dans son zèle, ses méthodes et ses langages, une réflexion prolongée par son successeur Benoît XVI…

Conclusion

Nous serons donc tous à Rome le week-end prochain pour cette grande joie de cette canonisation. Avec des millions d’autres, je rendrai ainsi tout petitement témoignage à ce géant de saint Jean-Paul II. Saint Jean-Paul II ? Cela me fait tout drôle de l’appeler comme ça, j’ai vraiment l’impression qu’on canonise quelqu’un de ma famille ! Disons simplement Jean-Paul II !

Au passage, ce sera la fête de la miséricorde, qu’il avait lui-même instaurée. La miséricorde, fil rouge de son pontificat. A l’heure où sort au cinéma le 1er film d’évangélisation par la miséricorde (lire ici), comment ne pas en parler ?

Bref, voilà, au fond, pourquoi j’ai appelé mon fils Karol : je lui dois d’être un chrétien engagé dans l’évangélisation, amoureux du Christ, amoureux de ma femme !

La Mante Religieuse : l’espérance au cinéma

La Mante Religieuse - Cinéma

La Mante Religieuse est pour moi l’une des plus belles aventures missionnaires auxquelles j’ai pu participer ces dix dernières années. Ce film touche à mon histoire personnelle car c’est par le cinéma, en 2002, que je suis tombé dans l’évangélisation. C’était à travers une réponse à Amen, de Costa-Gavras, comme je l’ai raconté dans mon livre Dieu est de retour. A partir de cette époque, je n’ai cessé de prier Dieu de nous donner enfin des films pour annoncer son amour infini à tous les hommes…  Mes pauvres prières ont commencé à être exaucées sept ans plus tard. Précisément, le 17 avril 2011 à 15h50, lorsque j’ai été contacté par une inconnue, sur Facebook :

« Bonjour Jean-Baptiste, je suis une jeune réalisatrice et scénariste. Je suis en pre-prod de mon premier long qui n’est autre que l’histoire d’une Marie-Madeleine des temps modernes. « La Mante religieuse » est un film fort, un film coup de poing sur la miséricorde (c’est l’anti « gnangnan », l’anti « passe moi le sel »…) qui s’adresse avant tout à ceux qui n’ont pas la grâce de la foi. Mylène Jampanoï devrait incarner le rôle-titre (…) Comme vous, je me débats pour annoncer l’Evangile. Rien de tel que le cinéma pour toucher les cœurs et les consciences. J’aimerais beaucoup vous rencontrer. »

Ne connaissant pas cette Natalie Saracco et restant toujours très prudent vis à vis des inconnues, j’ai fait un marché avec le Seigneur : « je veux bien, mais alors donne-moi un signe : je ne veux pas à devoir prendre le métro, car j’ai mal aux pieds » (je n’ai plus de cheville à gauche). Je travaillais alors sur une péniche à Neuilly. Natalie m’a répondu du tac au tac : « Trop drôle, Neuilly, c’est mon quartier ! Ca marche ! ». Ce ne fut pas le premier clin d’œil de la providence, dans cette incroyable aventure… Nous avons donc déjeuné ensemble dans une petite brasserie à quelques centaines de mètres de mon lieu de travail. Quand elle m’a raconté son témoignage de rencontre avec le Sacré-Cœur de Jésus, cela m’a immédiatement touché. J’y ai vu un point commun avec la communauté nouvelle à laquelle j’appartiens, dont la spiritualité est justement le Cœur de Jésus, par les apparitions du Christ à Sainte Marguerite-Marie Alacoque, à Paray-le-Monial, pour « consoler le coeur de Dieu ». En rentrant chez moi ce soir-là, c’est la première chose que j’ai raconté à ma femme, et contrairement à mes 10.000 projets annuels, elle n’a pas du tout cherché à me freiner, ce qui constitue indubitablement un autre signe. ;-)

Mais comment Natalie avait-elle entendu parler de ma pauvre petite personne ? Le journal Il est vivant ! – qui vient de lui consacrer 8 pages de son dernier numéro – raconte :

Il est vivant!

 

 

Alors quoi ? Vous me direz que tout cela ne suffit pas pour en faire un bon film. Certes. Vous jugerez par vous-mêmes. Premier indice : les avant-premières cartonnent : 700 places achetées pour celle de Lille, par exemple, dans la 2ème salle de France après le Grand Rex. A la sortie, à de (très rares) exceptions près, les gens en redemandent, le débat avec la réalisatrice se finissent souvent sur le trottoir jusqu’à 2 heures du matin, les responsables des cinémas étant parfois obligés de mettre tout le monde dehors… (voir cette vidéo : La Mante Religieuse, le phénomène qu’on attendait pas).

Comme me prévenait Natalie Saracco il y a bientôt 3 ans, son film est bien un film choc, un film coup de poing sur la miséricorde de Dieu. C’est ce qu’elle voulu, dès le départ. Dieu l’a aidée d’un bout à l’autre, c’est incontestable. Son film remue les cœurs et les consciences. Souvent, aux dires des spectateurs, plusieurs jours encore après l’avoir vu. Beaucoup se déclarent être des fans, certains affirmant même qu’ils ont vécu des émotions semblables avec le film Des Hommes et des Dieux de Xavier Beauvois…

Au final, le film est bien tourné, bien monté, les critiques sont excellentes (lire celle du Père Guilhem Causse, jésuite, dans Paris Notre Dame, ou du Père Olivier Le Page, qui organise chaque année, dans son diocèse, la semaine chrétienne du cinéma).  D’autres prêtres ont bien aimé aussi La Mante Religieuse, comme l’abbé Grosjean ou le Père Yves Guerpillon. Sans parler du Père Samuel Rouvillois, conseiller spirituel du film… D’ailleurs, le soutien des prêtres est impressionnant…

Mais ce film est en priorité pour les non-cathos. Car La Mante Religieuse leur parle, avec leur langage propre, de façon moderne mais sans complaisance : c’est bien une nouvelle évangélisation par le cinéma. Pour le dire autrement : ce film est bien un témoignage rendu à la miséricorde infinie de Dieu. Il est  une « fenêtre d’espérance totalement inédite », pour reprendre le mot d’un ami. Inédite comme la rencontre de la réalisatrice avec le Sacré-Cœur de Jésus, racontée dans sa vidéo qui fait le buzz sur Internet

Certes, certaines scènes peuvent choquer par les dures réalités humaines qu’elles suggèrent. Mais à côté de la Marie-Madeleine longuement dépeinte par Sainte Catherine Emerich dans ses visions comme « livrée à tous ses vices » et traînant « avec les pécheresses de Tibériade », « prises par sept démons », on est presque en dessous de la réalité* ! Et le spectateur peu habitué des films actuels aura la sagesse de fermer les yeux une ou deux fois, au début du film.

Conclusion : pourquoi aller voir ce film ?

1. Parce que vous passerez un moment fort. Pour ma part, vous l’aurez compris à travers ce long billet(!), j’ai beaucoup aimé. Je l’ai vu plusieurs fois et cela m’a laissé songeur à chaque fois pendant plusieurs jours. Sans aucun doute pour me permettre d’aller plus loin dans ce mystère de la miséricorde de Dieu, qu’aucun péché n’arrête…

2. Pour vous faire votre propre avis. Et je vous dis simplement : allez le voir, comme ce fan à la sortie du film. Vous serez conquis ! Vous aurez envie d’en parler à tous ! Et vous y emmènerez des amis non-cathos ou vos collègues de travail !

3. Pour l’évangélisation : à l’invitation du pape François, nous devons toucher les foules qui sont aux périphéries et qui sont « comme des brebis sans berger ». Cela peut avoir lieu dans le cadre de leurs sorties habituelles au cinéma, et particulièrement ceux qui vivent dans la ‘fête’, le sexe, le shit, etc., et qui cherchent à se donner des instants de bonheur dans leur monde triste et vain car sans Dieu. Or les salles obscures sont justement les derniers lieux de silence – avec les églises – où l’homme moderne peut être captivé, sans interférences, sans zapping, pendant plus d’une heure, pour lui délivrer la bonne nouvelle d’un message qui sauve, celui l’amour de Dieu.

Le film de Natalie Saracco est un merveilleux outil pour cela. Concrètement, les distributeurs décident – ou pas – de mettre le film à l’affiche dans un grand nombre de salles et pour une durée significative en fonction du nombre d’entrées à la fameuse séance de 11 heures, le mercredi de la sortie et aux avant-premières, selon une formule qu’ils considèrent comme éprouvée. C’est dire si votre présence et celle de vos amis à ces séances sont vitales pour aider le plus grand nombre à faire cette belle rencontre avec Dieu !

Pour en savoir plus : www.jaimelamante.com.

(*) « L’état de Madeleine était devenu déplorable au dernier point. Depuis qu’elle était retombée après sa conversion près de Gabara, sept démons s’étaient emparés d’elle. Son entourage était devenu pire que jamais. Les saintes femmes, spécialement la Sainte Vierge, n’avaient cessé de prier instamment pour elle… » 

 

 

Suite à une tribune parue dans Le Monde

Communiqué
 

Chers amis,

Une tribune est paru dans le Monde, avec ma signature, sous le titre « nous ne manifesterons pas dimanche ».

Je ne m’associe en aucune façon à un appel à ne pas manifester. Au contraire, j’estime que c’est à chacun de décider, en conscience, s’il doit manifester ou pas, indépendamment des luttes fratricides qui peuvent ici ou là agiter le mouvement des consciences né en 2013.

La liberté de conscience a en effet été jusqu’ici suffisamment malmenée par le pouvoir pour que nous soyons pas tous, de notre côté, exemplaires en la matière.

En réalité, avec le collectif Homovox, jamais nous n’avions souhaité appeler à ne pas manifester : cette tribune, au départ, portait un autre titre sur lequel nous nous étions tous mis d’accord : « Manifeste pour la paix civile ».

Comme l’a dit Antoine Renard, président des AFC européennes, dans son propre communiqué, il est évident qu’une manifestation sur les thèmes très sérieux qui sont avancés ne peut pas se faire sans la présence d’un grand nombre d’entre nous et le soutien des autres, même si d’autres actions sont aussi nécessaires.

Chacun pourra aussi constater que j’ai justement beaucoup parlé de ces questions (GPA, PMA, gender, école, etc.) ces derniers jours, sur mon blog comme sur Twitter.

Ce pourquoi, comme je l’ai annoncé hier soir sur les réseaux sociaux, j’ai demandé le retrait de ma signature, qui n’est malheureusement intervenu que 24 heures après la publication sur le site du Monde.

A tous, bon dimanche !

Jean-Baptiste Maillard

Des sénateurs UMP souhaitent interdire l’école à la maison

Ecole à la maison

Nos deux fils, Joseph et Karol (mon épouse s’est formée à la pédagogie Montessori).

Voici que dans l’indifférence générale ou presque, des sénateurs ont déposé une proposition de loi visant ni plus, ni moins, à interdire l’école à la maison. Il s’agit en effet de « limiter la possibilité d’instruction obligatoire donnée par la famille à domicile aux seuls cas d’incapacité« . Contacté, le bureau du Sénat m’a répondu : « pour l’instant, cette proposition de loi n’a pas encore été inscrite à l’ordre du jour. »

Certes, ce projet n’est donc pas « encore » à l’ordre du jour. Certes, il est proposé par l’opposition et donc a relativement peu de chances d’être voté. Mais cependant, le seul fait que des sénateurs puissent y songer sérieusement est le signe tangible qu’un nouveau pas vers un Etat totalitaire peut être franchi un jour ou l’autre.

Le prétexte ?

Ainsi commence l’exposé des motifs : « L’un des buts de la scolarisation de l’enfant est sa socialisation. Celle-ci nécessite une éducation qui ait une dimension collective, qui lui permette de découvrir la diversité des conditions et des cultures des enfants de son âge, et de rendre son développement plus harmonieux. »

Or, en ce qui concerne la socialisation, l’enfant n’est pas empêché de rencontrer d’autres enfants, bien au contraire : de nombreuses activités extérieures sont toujours possibles – et même facilitées – lui permettant d’être en contact avec d’autres.

L’association Libre d’Apprendre et d’Instruire Autrement (LAIA), réagit à cette proposition de loi :

« Contrairement aux préjugés exprimés dans cette proposition de loi, de nombreuses études sur les enfants instruits à domicile ont été réalisées aux Etats-Unis, Canada, Royaume-Uni, Australie et Nouvelle Zélande. Voici un résumé de quelques unes concernant le développement social des enfants instruits à domicile :

- Larry Shyers, Thomas Smedley, Home School Researcher (Volume 8, n° 3) : Les études de plusieurs universitaires ont conclu que les enfants non scolarisés ont une meilleure image d’eux-mêmes que les groupes d’enfants scolarisés étudiés, qu’ils participent à autant d’activités « extrascolaires » et qu’ils ont moins de problèmes de comportement en groupe que les enfants scolarisés étudiés.

- Home-Education : Rationales, Practices and Outcomes, Paula Rothermel (University of Durham, 2002) : Les résultats montrent que les scores des enfants instruits à la maison sont très élevés dans l’ensemble par rapport à ceux des enfants scolarisés et que les compétences sociales des enfants non scolarisés sont bonnes. Il est également observé que l’excellence des résultats scolaires ne dépend ni du niveau d’instruction des parents ni de leur catégorie socioéconomique. »

Alors, quel est le vrai motif de cette proposition ?

« Dans cet esprit, continue l’exposé des motifs, l’éducation à domicile par la famille ne peut être qu’une situation exceptionnelle, liée à l’état de santé ou à l’incapacité permanente ou temporaire de l’enfant. Elle ne peut être le prétexte d’une désocialisation volontaire, destinée à soumettre l’enfant, particulièrement vulnérable, à un conditionnement psychique, idéologique ou religieux. »

On voit ici toute la perversité de cette loi liberticide : sous prétexte de socialisation et de protection de l’enfant, on retire le droit aux parents d’éduquer leurs enfants comme ils l’entendent. Les parents sont pourtant les premiers responsables de l’éducation des enfants. (C’est un des trois points non-négociables énoncés par Benoît XVI en 2006). C’est un droit également protégé par le droit international.

La prise en main par l’Etat de l’éducation est toujours un signe de totalitarisme. Nous devons donc nous opposer de toutes nos forces à ce projet qui veut interdire l’école à la maison… avant que l’Etat n’aille plus loin contre la liberté d’enseignement. C’est aussi, de fait, une atteinte à l’école libre.

D’un point de vue politique, il ne faudra pas qu’il s’agisse d’un gage de l’opposition vers la majorité : ce serait le signe d’un système à bout de souffle qui cherche à se défendre par tous les moyens. Et on voit bien que l’école à la maison est une menace pour ce système, puisqu’elle permet d’éduquer ses enfants librement, en dehors de toute idéologie.

L’intérêt supérieur de l’enfant sera-t-il à nouveau bafoué ? Les associations de parents qui font l’école à la maison s’en émeuvent : 50.000 enfants à partir de 6 ans sont concernés. Une goutte d’eau, certes (0,4 % des 12 millions d’enfants scolarisés en France) mais une liberté toutefois très importante, qui répond à un besoin croissant des familles :

1. De pouvoir maîtriser les contenus enseignés à leurs enfants (ex : histoire de notre pays, « éducation sexuelle » = pas de gender, etc.)

2. De pouvoir maîtriser la façon dont ces contenus sont enseignés (ex : pas de méthode globale, pas de bachotage industrialisé).

3. D’aider ses enfants à développer leurs propres capacités, tout en leur donnant des limites. Un enfant scolarisé à la maison aura un apprentissage individualisé, avec une meilleure efficacité.

4. De respecter les besoins de chaque enfant (ex : pas de rythmes scolaires fous, respect de ses difficultés au quotidien, prise en compte des phobies scolaires, excursions dans la nature ou culturelles facilitées, etc.)

5. De transmettre personnellement ses valeurs (humaines, spirituelles, culturelles, etc.) à ses enfants.

6. De permettre aux frères et soeurs qui ont l’école à la maison de nouer une relation unique, ainsi qu’avec le papa et/ou la maman, rien que par le temps passé ensemble.

Ecole à la maison

Que ferons-nous ?

Je peux en témoigner : ma femme et moi, nous pratiquons l’école à la maison pour nos deux garçons depuis 2 ans, selon la pédagogie Montessori, mondialement reconnue. Cela nous donne entière satisfaction – même si ce n’est pas toujours facile et nous demande de nombreux sacrifices, notamment financiers (un salaire pour deux, coût du matériel, etc.).

Si cette loi passait, nous serions obligés de nous associer avec d’autres parents pour créer une école, ce qui serait très compliqué et très risqué financièrement, et qui n’est pas notre objectif.

Comme me l’écrit un ami qui a fondé une école Montessori :

« La phrase de Vincent Peillon, Ministre de l’éducation nationale, « il faut arracher l’enfant à tous les déterminismes, y compris familiaux » prend ici tout son sens cette proposition de loi qui la reprend presque textuellement. Reste un espoir : qu’elle soit si contraire au code de l’Education que les parlementaires y renoncent. La base, en éducation, c’est la liberté des parents, jusqu’ici proclamée en France, et trop d’enfants souffriraient d’une telle interdiction. »

Il faut aussi savoir qu’en Allemagne, des parents ont été emprisonnés pour avoir tenu à faire l’école à la maison pour leurs enfants, en raison d’une loi mise en place sous Hitler et depuis restée en vigueur… En arriverons-nous là ?

Au final, cette proposition revient à obliger les parents à travailler tous les deux, sous couvert d’égalité homme-femme. Un responsable de l’actuelle majorité n’a-t-il pas déclaré récemment, devant témoins : « il ne faut pas que les mères s’occupent de leurs enfants ? »

 

Pour réagir :

> Signer la pétition qui vient d’être lancée sur Internet

> Contacter les sénateurs à l’origine de cette proposition de loi :

- Hugues PORTELLI (Sénateur du Val d’Oise – UMP) – h.portelli@senat.fr – tel : 0142343020
- Christian CAMBON (Sénateur du Val de Marne – UMP) – c.cambon@senat.fr
- Jacques GAUTIER (Sénateur du Hauts de Seine – UMP) – jacques.gautier@senat.fr
- Mmes Esther SITTLER (Sénateur du Bas-Rhin – UMP – Membre de la délégation aux droits des femmes et à l’égalité des chances entre les hommes et les femmes) – e.sittler@senat.fr
- Hélène MASSON-MARET (Sénateur des Alpes-Maritimes – UMP) – pas d’e-mail
- M. Michel HOUEL (Sénateur de Seine et Marne – UMP) – m.houel@senat.fr
- Mme Colette MÉLOT (Sénateur de Seine et Marne – UMP) – c.melot@senat.fr- M. Louis PINTON (Sénateur de l’Indre – UMP) – l.pinton@senat.fr

Par courrier :

M. le Sénateur …
Casier de la poste
15, rue de Vaugirard
75291 – Paris Cedex 06

 

Correctif : depuis ce billet, la proposition de loi a été abandonnée ! 

De quoi ont parlé François Hollande et le pape François ?

Pape François et François Hollande

Côté Vatican :

« Ce matin le Saint-Père François a reçu en audience le Président de la République française, Son Excellence Monsieur François Hollande, qui a ensuite rencontré Son Excellence Mgr Pietro Parolin, Secrétaire d’État de Sa Sainteté, et Son Excellence Mgr Dominique Mamberti, Secrétaire pour les Relations avec les États », rapporte le service de presse du Saint-Siège.

« Au cours des entretiens cordiaux, la contribution de la religion au bien commun a été évoquée. Rappelant les bonnes relations qui existent entre la France et le Saint-Siège, a été réaffirmé l’engagement mutuel à maintenir un dialogue régulier entre l’État et l’Église catholique et à coopérer de manière constructive dans les questions d’intérêt commun. Dans le contexte de la défense et de la promotion de la dignité de la personne humaine, quelques arguments d’actualité ont été examinés, comme la famille, la bioéthique, le respect des communautés religieuses et la protection des lieux de culte. »

« La conversation s’est poursuivie sur des thèmes à caractère international, comme la pauvreté et le développement, les migrations et l’environnement. Elle s’est étendue, en particulier, sur les conflits au Moyen-Orient et dans quelques régions de l’Afrique, en souhaitant que dans les différents pays concernés la coexistence sociale pacifique puisse être rétablie à travers le dialogue et la participation de toutes les composantes de la société, dans le respect des droits de tous, spécialement des minorités ethniques et religieuses. »

Côté Elysée :

Le Président a dit avoir parlé de plusieurs sujets, dans cet ordre : 1. L’Afrique (notamment Centre-Afrique) 2. La Syrie 3. Le libre accès aux lieux saints. 4. Les chrétiens d’Orient 5. le réchauffement climatique (évoquant un futur texte du pape François, François Hollande rapporte les propos du pape : « Dieu pardonne toujours, les hommes parfois, la nature jamais, quand on ne prend pas soin d’elle. Retenons au moins la dernière partie de cette formule, ajoute François Hollande, car elle est juste. ») 6. Les réfugiés (François Hollande rappelant la force des propos du pape sur Lampedusa). 7. La mondialisation et le fait que la France défend partout la liberté religieuse.

Le Lab d’Europe 1 cherche à montrer deux versions différentes en rapportant les propos de François Hollande sur la laïcité:

« J’ai rappelé que la laïcité de la République française garantit le respect de toutes les convictions et permet de vivre ensemble, avec les mêmes règles, avec les mêmes principes, qui valent pour tous les citoyens, et pour ceux qui résident dans notre pays. Et que la laïcité permet le débat avec tous les cultes, et avec l’Eglise catholique en particulier, dans le cadre d’une instance de dialogue qui se réunit annuellement, bientôt au printemps, qui est présidée par le Premier ministre, et qui aborde tous les sujets, y compris les plus graves, les plus lourds, qui intéressent toute notre société. Et ce débat avec l’Eglise catholique est possible, dans le plein respect de nos principes laïcs. » 

Enfin François Hollande a déclaré : « S’il y a un mot, une valeur qui nous a rassemblés au cours de cet entretien, le pape François et moi-même, c’est le mot de dignité. La défense de la dignité humaine. C’est ce qui doit nous mobiliser, c’est la volonté de la France partout où elle a une responsabilité. »

François Hollande a enfin invité le pape à venir en France quand il jugera que ce soit être « un moment important de son pontificat ». (voir l’intégralité de son intervention en vidéo sur le site de l’Elysée).

Ma petite analyse :

Cette rencontre s’est donc déroulée dans un contexte compliqué, à quelques semaines d’échéances électorales importantes (municipales et européennes), au moment aussi où la France est classée 3e, par la Cour Européenne des Droits de l’Homme (CEDH), pour les atteintes à la liberté d’expression, avec 25 condamnations, devant la Russie. A noter aussi que dans la délégation du Président, aurait été présent Maître Sureau, qui plaiderait deux dossiers GPA à la CEDH, contre la France…

Alors pas étonnant, comme le rapporte la presse française, que François Hollande fut tendu, et notre pape François pas hyper souriant (comme le montre cette photo officielle en haut de l’article).

De son côté, le pape a entendu l’appel des 100.000 catholiques lui demandant de parler des questions d’actualités soulevées par de nombreuses lois anti-famille votées ces derniers mois ou sur le point de l’être : l’élargissement de l’avortement pour les femmes en détresse, le congé parental réduit pour les mères, une fiscalité plus contraignante pour les mères au foyer, une proposition de loi visant à interdire l’école à la maison (je vous en parlerai dans un tout prochain billet), le gender déployé à l’école ou la PMA/GPA en embuscade… François n’a peut-être pas parlé de tout ça, mais il a parlé de la famille, comme le souligne le service de presse du Saint-Siège : « quelques arguments d’actualité ont été examinés, comme la famille, la bioéthique, le respect des communautés religieuses et la protection des lieux de culte ».

De son côté, François Hollande, dans son intervention à la presse, François Hollande s’est bien garder de prononcer le mot famille et encore moins la question du mariage homosexuel, qui avait soulevé notre pays l’année dernière. C’est bien compréhensible : à quoi bon donner des battons pour se faire battre ? ;-)

Cependant, il est à noter que le Président se fait fort de dire qu’il défendra la dignité humaine, même quelques jours après avoir supprimé la détresse des femmes dans le texte de loi sur l’IVG.

C’est peut-être, déjà, un bénéfice de sa rencontre avec le pape.

N’en jugeons donc pas trop vite les fruits, prenons-le Président au mot, pour cette année qui commence ! Oui, nous nous souviendrons de ses propos quand il faudra débattre sur l’euthanasie, oui, nous souviendrons de ses propos quand d’autres sujets cruciaux seront à l’ordre du jour !

Et en attendant, prions pour que le Christ fasse son oeuvre dans son coeur, à travers cette visite au Vatican et toutes les discussions qu’il a peu avoir avec des hommes de Dieu.

Je formule enfin le voeux que François Hollande puisse sentir, si les pressions des lobbys proches du pouvoir actuel devenaient trop fortes, qu’il peut compter sur certains catholiques pour pacifier les débats.

IVG : le tabou est en train de sauter !

Foetus à 12 semaines - IVG

Un foetus à 12 semaines : tout est déjà là.

(Ames sensibles, s’abstenir.)

« L’avortement refait débat », titrait en Une, dimanche, Le Parisien/Aujourd’hui en France. Le journal évoquait la Marche pour la vie. L’actualité est donc à un nouveau débat… et aux langues qui se délient. Sur un forum, Sylvie se confie : « J’avorte jeudi et je me sens au fond du fond ». En réalité, devant toute cette souffrance humaine qu’il a causé pendant plus de 30 ans, l’IVG a déjà perdu. Et les pseudo-féministres comme Naja Vallaud-Belkacem, qui ont beau chercher à dénoncer « les tentations de régression », n’y feront rien : ils sont déjà dans le camp des perdants.

Le pape François, à peine élu personnalité de l’année 2013, a déclaré sans ambages, le 13 janvier dernier : « Souvent les êtres humains sont jetés comme s’ils étaient des choses non nécessaires. Par exemple, la seule pensée que des enfants ne pourront jamais voir la lumière, victimes de l’avortement, me fait horreur ».  Il serait donc tout à fait logique que cet épineux sujet soit au menu de sa rencontre du président Hollande, dans six jours à peine. Deux sondages en ligne vont dans ce sens : Europe 1 et l’Est Républicain osent poser une question jusqu’ici tout à fait inédite : « Faut-il restreindre le droit à l’IVG comme en Espagne ? ». Il est vrai que les Espagnols n’y sont pas allés avec le dos de la cuillère, en rendant l’avortement beaucoup plus compliqué qu’avant : situation de détresse obligatoire, nécessité de voir plusieurs médecins et psychologues extérieurs la clinique, etc. Nous ne pouvons que nous en réjouir : l’Espagne et les Espagnol(e)s s’en porteront beaucoup mieux. Viva Espana !

En France, c’est tout l’inverse, mais c’est peut-être aussi, qui sait ?, le dernier baroud d’honneur de l’IVG. A l’Assemblée nationale, la situation de « détresse » va être supprimée de la loi Veil – qui disait pourtant : « c’est un drame… autant que possible, il faut en dissuader la femme » (cf cette vidéo de l’Ina ; il est vrai depuis, la loi été tordue pour l’élargir à toutes les situations – mêmes à cause des sports d’hiver, témoignage réel – selon la bonne vieille technique des petits pas feutrés).

Par ricochet, ce nouvel amendement rend l’objection de conscience encore plus difficile pour le personnel de santé (médecins, sage-femmes, infirmières, etc.). Cela aggrave aussi la dé-responsabilisation des hommes concernés par l’avortement (ils le sont souvent). La question de l’interdiction des sites d’information comme Ivg.net est aussi à l’ordre du jour (nous devrons peut-être un jour les faire héberger en Russie avec des centres d’appel au Maroc, mais qu’importe, rien ne nous arrêtera !). Et même s’il n’est pas sûr qu’on puisse continuer à marcher pour la vie, nous trouverons d’autres motifs plus généraux ! Au passage, il y a un lien direct entre l’ultra-libéralisme de l’IVG le ‘mariage’ homosexuel : tant que l’adoption sera possible pour les personnes homosexuelles, l’insupportable GPA risque d’être en embuscade.

Une situation difficile

Il y a en France 200.000 avortements par an, environ 26 IVG pour 100 naissances(1). C’est une guerre civile qui ne dit pas – encore ? – son nom. Elle génère beaucoup de conflits dans les couples, dans les familles, et des situations de détresse sont transformées en situation de plus grande détresse encore. Même si l’avortement est un cautère sur une jambe de bois, 35% des femmes y ont déjà eu recours au moins d’une fois, à cause d’une idéologie perverse, savamment distillée avec l’argent des contribuables, et qui laisse penser que le choix remplace le bien. La plupart des ces femmes s’en souviendront toute leur vie… Certaines m’en ont parlé. Pour autant, il n’est pourtant pas question de les culpabiliser… L’accusation est toujours la voix de la facilité.

Cependant, les lignes bougent : des cliniques ferment – ce qui inquiète ouvertement les lobbys pro-choix -, et de nombreux médecins, dégoûtés, ne souhaitent plus continuer à pratiquer l’avortement. Ce sont les prémices d’un moratoire sur l’IVG, qui viendra tôt ou tard. Ceci permettrait de revenir à des situations plus acceptables – bien que n’étant pas idéales – comme en Espagne. Et d’institutionnaliser l’accueil des femmes en difficulté.

Les femmes sont au coeur du débat

Les femmes, de leur côté, évoquent justement et de plus en plus ouvertement le syndrome post-avortement. Pour « saisir » un peu mieux la situation sur le terrain du côté de toutes celles qui sont victimes de l’IVG, je suis allé surfer dans des forums du web où celles-ci confient désormais très largement leur détresse pour relever ces quelques verbatims (voir ci-dessous). Les lignes ont-elles bougé ? Là aussi, la réponse est oui. Car leurs langues se délient : elles nous parlent spontanément d’épreuve, de remords, de douleur psychologique, de dépression, et surtout, d’enfants et de bébés, avant même d’avorter. Même de ce petit ange qu’elle aurait bien aimé avoir et l’âge qu’il aurait aujourd’hui… Sylvie confie ainsi au monde vouloir avorter jeudi prochain. Elle se dit « totalement désespérée » et sentir « ce petit coeur qui bat » en elle(2). Comment répondons-nous à cette détresse humaine ?

Ce qui conduit ces femmes à un avortement 

La plupart du temps, c’est bien sûr une grossesse non-désirée (si tant est qu’une grossesse doit toujours être désirée, vu que par définition, cela ne se calcule pas toujours à l’avance! – là aussi, le mot est piégé). Ainsi, Sylvie dit avoir eu un « accident » avec un homme qu’elle venait juste de rencontrer. Le 17 janvier, elle raconte sa détresse : « Je ne veux pas d’enfant », dit-elle, « mais je n’ai pas envie de faire ça ». Pour elle, les circonstances ne lui permettent pas de « garder cet enfant dans de bonnes conditions ». Elle ajoute : « Je vais me sentir tellement vide jeudi soir… ». Elle voudrait savoir si on souffre physiquement pendant l’intervention, la gynécologue lui a dit « on saigne un peu moins que pour des règles ». Il faut parfois beaucoup insister pour bénéficier d’une anesthésie générale…

Les réponses postées sous son message sont très instructives :

« Douleur psychologique » 

« Mon ami m’a beaucoup soutenue et rassuréeil vaut mieux prendre la meilleure décision si on ne sait qu’on ne peut l’accueillir, lui répond une autre femme, alors notre décision est la bonne malgré la douleur psychologique ». Celle-ci termine par ces mots révélateurs : « je te souhaite plein de courage dans cette épreuve… si tu veux en parler, n’hésite pas ».

« Une épreuve » 

« Il n’y a pas beaucoup de femmes qui avortent par plaisir, commente une autre. Tu ne veux pas d’enfant, tu as choisi d’avorter, tu es sûre de toi et ça ne peut que t’aider à reprendre ta vie en main par la suite. Cela ne sera, je te le souhaite, qu’une « épreuve » parmi tant d’autres. »

« Dépression »

Une autre femme témoigne encore : « Comment se sent-on après, psychologiquement ? Est-ce qu’on s’en remet vite ? Perso, j’étais soulagée que tout ce soit terminé et que tout ce soit bien passé immédiatement après l’IVG. Ce n’est que par la suite que j’ai développé une dépression. »

« Pas de 4ème enfant »

« J’ai subie une IVG par aspiration il y a maintenant 4 semaines… J’étais sûre de ma décision, je suis une maman de 3 enfants : avec le papa nous ne voulions pas d’un 4e enfant ».

 « Je commençais à douter »

« Quand j’ai su que j’étais enceinte, j’ai tout de suite su que je voulais avorter… Au fur et à mesure, j’ai commencé à douter, à avoir des remords. A l’époque, j’avais 20 ans et je me disais que je n’avais rien à offrir à ce petit bout qui était en moi. Je n’avais pas de travail, le « père » avait disparu dans la nature, je n’étais pas assez adulte. J’aurais pu le faire adopter, mais j’avais peur de m’attacher à lui pendant le reste de ma grossesse. »

« Parfois j’y pense, ajoute-t-elle, et je me dis qu’il aurai dû naître en décembre 2011 et qu’aujourd’hui qu’il aurai 3 ans. Je dis « il » car j’étais sûre que il aurait été un ptit mec, alors j’essaye de m’imaginer ce qu’aurait été la vie avec ce ptit bout de chou et je finis automatiquement par pleurer… »

Et d’ajouter :

 « Mais je sais, au fond de moi, que c’était ce qu’il y avait de mieux à faire. Il ne faut pas se juger et se dire qu’on est un monstre parce que on décide d’avorter. Mais se dire qu’on fait ce qui est mieux aussi bien pour soi que pour cet être qui grandit en nous. Si tu ne te sens pas prête a avoir un enfant, et ce pour diverses raisons, alors c’est ton droit. »

Alors pour conclure – parce que finalement, toutes ces mots se passent de commentaires – je voudrais raconter l’histoire – véridique – de cette vieille tante qui conseilla un jour à une mère en détresse de garder son enfant. Quelques années plus tard, cette maman lui rendit visite et lui dit : « je voudrais vous remercier, car cet enfant, c’est mon rayon de soleil dans ma vie, sans lui, je n’aurais pas connu tout ce bonheur que j’ai aujourd’hui ».

(1) Cf ce communiqué : avortement, le questionnement interdit  (2) Plus qu’un billet, c’est une intention de prière!

 

Mémorable 13 janvier !

 

13 janvier 2013 - Champ de Mars

Avec ma femme, sur le lieu même de notre première rencontre.

 

Il y a un an, déjà, j’usais mes nouvelles tennis, achetées pour l’occasion, sur le bitume parisien, demandant à corps et à cris, avec un million d’autres personnes, que les enfants puissent toujours avoir un père et une mère. Et je peux dire aujourd’hui, comme un grognard de la Grande armée : « j’y étais ».

De toute ma vie, je n’avais jamais vu ça. Des drapeaux bleus et roses à perte de vue, jusqu’à la tombée de la nuit. Des enfants jusqu’aux grands-parents, osant brader le froid pour défendre une certaine conception de l’humanité. A la fin, le ciel en était ému : il pleuvait. Pour la première fois, les aigles levaient la tête… Frigide Barjot avait su percer le mur médiatique comme personne d’autre n’y était arrivé jusqu’ici, invitant tout azimut les masses à défiler ce 13 janvier. Et l’appel avait été étendu dans les campagnes, on avait sonné le tocsin jusque dans les petits villages !

De plus, les meilleurs organisateurs, dignes d’un débarquement, avaient su rendre la mobilisation possible. Les bons réseaux avaient fonctionné à plein régime, c’était le début d’une longue bataille et l’union fit la force.

De mon côté, pauvrement, lors d’un pèlerinage marial en Bosnie-Herzégovine, j’avais rencontré une mère de famille, Nathalie, dont un frère était homosexuel. Sans nous être concertés, nous portions la même idée : aider les personnes homosexuelles à s’exprimer sur ce projet de loi, en leur donnant la parole. (Il n’est pas exagéré de dire avoir « vu » la main de la Sainte Vierge dans notre rencontre !). Trois jours après, nous montions le collectif Homovox et de nombreuses personnes homosexuelles nous contactaient aussitôt pour témoigner. Qui aurait alors su que cela mènerait le collectif jusqu’à devant M. Hollande ?

Ce 13 janvier 2013, avec ma femme (photo), nous en avions profité pour retourner au lieu exact de notre première rencontre, sur un coin de pelouse du Champ-de-Mars, à quelques mètres du Mur de la Paix. Quatre ans plus tôt nous y récitions ensemble le chapelet avec un petit groupe de prière, lui aussi marial…

Après quoi, je m’incrustais – non sans difficulté – dans le bunker autour du podium pour dire bonjour à nos nouveaux amis homosexuels et palper l’atmosphère. Dans cette enceinte ultra-sécurisée, je sentis immédiatement une grande tension : comme s’il se déroulait sous nos yeux un moment profondément historique dans l’histoire de notre pays. Oui, un combat à l’issue certainement positive, se jouait, au-delà des apparences, des discours et de la foule immense qui se pressait là, devant ce chapiteau unique, transie de froid, les pieds poudreux dans la boue du Champ-de-Mars napoléonien (*).

Cela me rappelait encore, comme en écho, par cette tension vive, un instant de guerre civile que j’avais vécu à Moscou, alors adolescent, avec les tirs de canon de Boris Eltsine contre les derniers soubresauts du communisme… Et ce 13 janvier, chaque mot, chaque intervenant, n’étaient-ils pas comme un boulet rougi par le feu envoyé sur l’Elysée et son idéologie du genre ?

En tout cas, ce soir là, la France libre s’était bel et bien réveillée : mémorable 13 janvier 2013 !

* * *

Alors, la suite, chers internautes, vous la connaissez plus ou moins, et nous aurons encore fort à faire, en 2014, pour réconcilier les familles et les personnes homosexuelles, que ce projet de « mariage pour tous » a profondément divisés. Ici est née une homophobie palpable, qui rejette en bloc ceux qui peuvent aussi trouver une fécondité dans la société, et à qui nous devons, en tant que chrétiens, témoigner de l’amour du Christ, pas seulement en vérité, mais aussi en actes.

Ironie du sort, alors que l’année 2013 s’est cristallisée en France sur ce « mariage volé » au couple homme-femme, c’est par un « baiser volé » du Président à sa « nouvelle » compagne que commence l’année 2014 ! M. Hollande devra du reste s’en expliquer dès demain devant les caméras et 500 journalistes… périlleux exercice ! Depuis la foudre sur l’avion présidentiel, juste après son élection, jusqu’à ce triste événement, on dirait qu’une main invisible empêche les choses de se dérouler « comme prévu ». Quoiqu’il en soit, voici la plus haute fonction de l’Etat réduite à une mauvaise série télé, et l’infidélité conjugale érigée en banalité, avec un Président non pas « normal » mais plus simplement « primaire », qui n’élève pas la fonction. Comme l’a si justement souligné Geneviève de Fontenay sur Europe 1, limoger de la sorte la Première dame – hospitalisée – ce n’est pas très élégant pour le beau sexe en général et Valérie Trierweiler en particulier, victime il est vrai d’une belle humiliation publique.

Une chance, cependant, devant cette chute qui n’est pas sans rappeler celle de DSK : François Hollande rencontrera le pape le 26 janvier, l’occasion pour François de l’évangéliser, et nous, de redoubler nos prières pour sa conversion !

Par ailleurs, un autre signe positif devant l’année qui commence : lors d’une rencontre à l’Elysée avec Mgr Pontier et le cardinal Vingt-Trois, la semaine dernière, François Hollande a annoncé souhaiter lancer une consultation spécifique sur les questions de la fin de vie et de la PMA. Nous écoutera-t-il, cette fois ?

Tenons-nous en éveil : sur l’euthanasie, si le projet de loi se précise, nous pouvons évidemment penser à une très forte mobilisation en 2014 et le lancement de nombreuses initiatives à faire pâlir tout un gouvernement !

Pour chacun, 2014 sera l’année des choix vitaux. Choisir la sainteté, par exemple. Mettre Jésus en premier. Mais accepterons-nous aussi d’être unis, de ne pas nous critiquer, de rebâtir d’éventuels ponts détruits l’an passé ?

Quoiqu’il en soit, très heureuse année 2014 à chacun de vous !

Partez en mission, soyez féconds, que l’Esprit Saint soit votre guide !

J.-B. M.

Ps : il y aura peut-être, pour ma part, un nouveau bouquin, si vous priez bien pour moi…

(*) Le 3 décembre 1804, le lendemain du couronnement de Napoléon Ier, l’Empereur fit au Champ-de-Mars la distribution des aigles

 

Nelson Mandela, veilleur

Nelson Mandela - Veilleurs

Bougies placées devant le portrait de Nelson Mandela lors d'une veillée de palestiniens et de membres de la communauté africaine dans la Vieille ville de Jérusalem, le 7 décembre.

 

Alors que commence aujourd’hui la cérémonie d’hommage à Nelson Mandela…

Ayant réussi à terminer les 800 pages de la vie de Nelson Mandela avant sa mort, je vous livre ici les quelques notes que j’ai prises de ce document historique sans équivalent (*). Même s’il s’agit d’une autobiographie – la première partie, commencée en captivité, fut recopiée en de minuscules morceaux et enterrée dans la cour de la prison ! – le texte sonne juste et ne tombe jamais dans l’autoglorification. On y trouve au contraire beaucoup d’humilité, parfois même de l’humour, malgré l’aspect souvent dramatique des évènements vécus.  Tout au long du récit, Nelson Mandela sait aussi reconnaître ses échecs, politiques (est-ce utile de se faire emprisonner ?) comme personnels (une vie de famille sacrifiée, deux divorces). Il nous livre aussi une conception très affutée du militant politique, du veilleur de conscience. Il nous parle même d’Antigone !

Le christianisme

Mabida était un chrétien convaincu, il faisait partie d’une association qui enseignait la Bible dans les villages d’Afrique du Sud (p.55). C’est certainement ici, avec ses lectures de Gandhi et son amour de l’Afrique, que Mandela trouve toute l’âme de son combat. Lorsque que le gouvernement afrikaner se déchaînera contre l’ANC, il ne deviendra favorable à la lutte armée que lorsque tous les autres recours auront été épuisés contre un pouvoir sourd et inflexible… Plus tard, lorsque le régime basculera, il prônera non pas la vengeance, mais la réconciliation Noirs-Blancs, qui se concrétisa par la création d’une « commission vérité et réconciliation », élevant la politique à la hauteur de la philosophie et de la psychanalyse.

L’éducation

S’il y a un point sur lequel Mandela insiste dans son livre, c’est bien celui-ci : la nécessité d’une bonne instruction pour qu’un peuple puisse acquérir – ou conserver – sa propre liberté. Lorsque le gouvernement de l’apartheid décide de ne plus subventionner l’enseignement « libre », il raconte sans détour qu’entre toutes les obédiences qui ont charge d’écoles, les seuls réels opposants au projet furent les Juifs, les Assemblées de Dieu – dont il faisait partie – et… l’Eglise catholique !

La presse

Mandela savait lire entre les lignes et se faisait un devoir de lire « l’ennemi » : « Je lisais beaucoup de journaux de toutes les régions, mais ils ne donnent qu’une pauvre image de la réalité. Les informations qu’ils donnent sont importantes pour un combattant de la liberté non pas parce qu’elles disent la vérité, mais parce qu’elles révèlent les préjugés et les préventions à la foi de ceux qui écrivent les articles et de ceux qui les lisent » (p. 218).

La musique

« La politique peut être renforcée par la musique, mais la musique a une puissance qui défie la politique ». Avis aux amateurs !

Aux nantis individualistes

Aux peuples Français, Allemand et Anglais, le grand poète xhosa, Krune Mqhavi, déclara : « Je vous donne la voie lactée, la plus grande constellation, car vous êtes des gens étranges, avides et envieux, vous qui vous querellez dans l’abondance ».

La corruption du système

« Ce riche marchand, prisonnier de droit commun, me racontait des histoires d’escroqueries financières et de corruption parmi les ministres, que je trouvais fascinantes. Cela me confirmait que l’apartheid était un poison qui entraînait une décadence morale dans tous les secteurs » (p.387). Toute ressemblance avec d’autres systèmes politiques seraient totalement fortuite !

La paranoïa de l’adversaire

« Les autorités imaginaient toujours que nous étions en relations secrètes avec toutes sortes de fortes puissances à l’étranger. Mais leurs soupçons reflétaient seulement les craintes d’hommes aux conceptions étroites qui accusaient de leurs problèmes non pas leur politique absurde mais un ennemi qui s’appelait l’ANC. »

Noël et Antigone

« Notre petit compagnie de théâtre amateur jouait à Noël. Ma carrière d’acteur (…) connut un réveil modeste à Robben Island. Nos spectacles étaient ce que nous pourrions appeler aujourd’hui minimalistes : pas de scène, pas de décor, pas de costumes. Nous n’avions que le texte. (…). Je n’ai joué que rarement, mais j’ai tenu un rôle mémorable : celui de Créon, le roi de Thèbes dans l’Antigone de Sophocle. En prison, j’avais lu quelques pièces grecques que j’avais trouvées particulièrement exaltantes. J’en avais retenu que le caractère se mesurait dans les situations difficiles et qu’un héros ne pliait pas, même dans les circonstances les plus dures.(…) Antigone symbolisait notre lutte, en fait, elle représentait à sa façon un combattant de la liberté ; elle défiait la loi parce qu’elle était injuste. »  (pp.550-551)

Le souci de l’unité

Face au succès, l’ANC connu plusieurs « concurrents », donc le PAC, mais qui n’avaient pas l’étoffe et le « nez politique » de l’ANC. Même s’il en eut plusieurs fois l’occasion, Mandela s’abstint toujours de mettre de l’huile sur le feu entre les différents courants : « Je ne voulais pas renforcer les rancœurs qui opposaient l’ANC, le PAC et la Conscience noire. Je ne considérais pas mon rôle en prison comme seulement celui d’un responsable de l’ANC, mais aussi comme celui d’un défenseur de l’unité, d’un conciliateur honnête, d’un médiateur, et dans cette dispute je refusais de choisir un camp, même celui de ma propre organisation. Si je témoignais au nom de l’ANC, je mettrais en danger mes chances de réconcilier les différents groupes. Si je prêchais l’unité, je devais agir comme un unificateur, même au risque de m’aliéner certains de mes camarades. (…). Il était plus important de montrer aux jeunes (…) que la lutte était indivisible et que nous n’avions qu’un ennemi » (p. 588).  Des propos dont pourraient bien s’inspirer un certain nombre de leaders dans d’autres combats pour la liberté et la conscience !

La négociation

Nelson Mandela prend des initiatives alors même que l’adversaire n’a encore rien cédé : « J’ai rencontré Lord Bethell (un ministre contacté à force de persuasion, ndlr) dans le bureau du commandant de la prison, que dominait une immense photo du président Botha. Bethel était un homme jovial et assez gros, et la première fois que je l’ai vu, je l’ai taquiné sur son embonpoint. « On dirait que vous êtes un parent de Winston Churchill », lui ai-je dit en lui serrant la main ; cela l’a fait rire ». Nous avons parlé de la lutte armée et je lui ai expliqué que cela n’était à nous d’arrêter la violence, mais au gouvernement. J’ai réaffirmé que nous visions des cibles militaires, pas la population » (p. 624-6126).

A l’isolement : « J’ai décidé que je n’allais parler à personne de ce que j’avais l’intention de faire. L’ANC est une organisation collective, mais, dans ce cas, le gouvernement avait rendu impossible cet aspect collectif. Je n’avais ni la sécurité ni le temps nécessaires pour discuter de ces questions avec mon organisation. Je savais que mes camarades emprisonnés à l’étage au-dessus condamneraient ma proposition et tueraient l’initiative dans l’œuf. Il y a des moments où un responsable doit marcher en avant du troupeau, partir dans une nouvelle direction, en se fiant à lui-même pour s’assurer qu’il mène son peuple sur le bon chemin. En fin de compte, mon isolement fournissait une excuse à mon organisation au cas où les choses tourneraient mal : le vieux était seul complètement coupé de tout, et ce qu’il avait fait, il l’avait fait seul, en tant qu’individu, pas en tant que responsable de l’ANC. » (p. 634).

Faire le premier pas ? « Je réclamai une réunion avec mes camarades (…).  »En principe, me dit Walter (un des membres de l’organisation, emprisonné), je ne suis pas contre les négociations, mais j’aurais aimé que le gouvernement nous propose des discussions plutôt que ce soit nous qui les proposions ». Je lui répondis que s’il n’était pas contre les négociations par principe, qu’importait qui en était à l’origine ? » (p. 644).

« J’envoyais un mémorandum au Président. A la fin de la lettre, je lui proposais un cadre très général pour les négociations. (…). Je proposais qu’on procède en deux étapes : tout d’abord une discussion pour créer les conditions favorables à une négociation, ensuite les négociations elles-mêmes » (p. 660)

« Je me préparais du mieux que je pu à cette rencontre (…). Je répétai les arguments que m’avancerait le président et ceux que je lui retournerais. Dans chaque rencontre avec son adversaire, on doit s’assurer qu’on donne exactement l’impression que l’on a l’intention de donner » (p. 662)

Bref, ceux qui pensent que jamais aucuns leaders de mouvements de libération n’aient pu entamer d’eux-mêmes des négociations avec leurs adversaires seraient bien inspirés de lire l’avant-dernier chapitre de son livre, intitulé « parler avec l’ennemi ». Mandela explique longuement comment, en proposant des voies politiques médianes, il a pu parvenir à faire fléchir l’« ennemi ». En  prenant toujours les devants, en organisant des rencontres secrètes même avec les pires adversaires du peuple Noir, il parvint, pas après pas, à ses fins politiques. Fin négociateur et fin stratège, ce sont toutes ces qualités qui lui ont permis de mettre fin au régime de l’apartheid.

Pour conclure

Mandela était un génie de la guerre d’influence : puisant dans d’autres combats de libération nationale, il lança, avec l’ANC, toutes sortes d’opérations : grèves, manifestations, « guerre psychologique », campagnes pour sensibiliser l’opinion publique nationale et internationale. Une fois emprisonné, il donnait des communiqués à ses avocats, dans lesquels il condamnait sans discontinuer le gouvernement et les humiliations subies au quotidien par le peuple Noir, sa « politique d’intimidation sélective ». Comme tout bon avocat, il ne laissait jamais passer la moindre erreur de son adversaire… Il a su très tôt négocier pied à pied avec le pouvoir, et ce, depuis ses premiers jours de captivité jusqu’à la fin de l’apartheid (les deux derniers chapitres du livre en sont d’autant plus savoureux, on en jubilerait presque !). En prison, il commença ainsi par la question de la gamèle, des couvertures, du travail forcé, de la possibilité de lire la presse, etc. : il cherchait à améliorer l’ordinaire de ses codétenus dans ses moindres détails et il parvenait, petit à petit, à en faire profiter toute la prison de Robben Island. Il organisait même des formations politiques secrètes à l’intérieur de la prison, avec ses professeurs et ses élèves, tout comme un service de renseignement !

Nelson Mandela fut à l’Afrique du Sud ce que Gandhi – dont il en était un grand admirateur – fut à l’Inde, Martin Luther King aux Noirs Nord-Américains ou Michael Collins à l’Irlande. Comme chacun d’eux, il dût faire des compromis et ne fut que très imparfaitement satisfait des résultats obtenus. Il a tout de même eu la chance de voir le changement de ses yeux.

En se rendant aux obsèques de Nelson Mandela, le monde va honorer la mémoire d’un veilleur. Nous pouvons saluer chez lui ce qu’il avait de meilleur et tous les Veilleurs de France et de Navarre peuvent s’en inspirer dans leurs propres batailles.

Cependant, s’il est devenu une icône de la liberté pour nos contemporains en sacrifiant 27 années de son existence en prison, il faut aussi reconnaître qu’il aurait pu aller encore plus loin dans son combat pour la liberté, en défendant aussi la cause des touts petits dans le sein de leur mère, des femmes qui subissent à vie les conséquences de l’avortement, de toutes celles qui souffrent d’être emprisonnées dans un système où elles n’ont plus vraiment le choix de travailler ou de s’occuper de leurs enfants, et de tous les pauvres, marginaux, qui sont encore privés de leur capacité à choisir le bien, là où se trouve toujours la vraie liberté…

Dieu merci, un Autre a donné sa vie entière – jusqu’à souffrir sa passion pour chacun de nous tous – et il vient à Noël. Puissent nos contemporains reconnaître en Lui le seul véritable sauveur !

* Nelson Mandela, Un long chemin vers la liberté, éditions Livre de poche.


 

Euthanasie : jusqu’où iront-ils ?

 

Les Yeux Ouverts, film de Frédéric Chaudier (2010)

Depuis quelques jours, l’actualité n’en finit plus de rebondir sur la question de l’euthanasie. D’abord, la compliquée affaire Vincent Lambert, ré-alimenté d’urgence. Puis, en Belgique, un homme tristement euthanasié pour changement de sexe raté. Il déclarait dans une lettre à sa mère : « Nous n’avons jamais été une famille, elle ne pouvait donc pas être brisée ». Enfin, ce chiffre qui tombe comme un couperet : 74% des Belges favorables à l’extension de l’euthanasie aux enfants. Mais au fait, quid des dérives de l’euthanasie dans ce pays ?

Un documentaire vient justement de sortir à ce sujet… sur Internet : « L’euthanasie, jusqu’où ? ». Il lève le voile sur ces dérives. Bien que réalisé par des journalistes professionnels, les grandes chaînes de télévision l’ont toutes refusé. « On vous le prend, d’accord, mais on change le message et on met vos noms au générique, pour vous acheter faire plaisir », a répondu l’une d’elles. Dans son rapport sur la fin de vie, le Professeur Sicard cite 6 personnes qui y témoignent. J’ai regardé ce documentaire. Il me semble que personne ne peut parler de ce sujet grave et complexe sans l’avoir vu. On y  trouve des infirmières choquées d’avoir assisté à des euthanasies, des témoignages accablants sur des morts suspectes, des histoires d’héritage, des médecins qui témoignent « planer pendant trois jours » après avoir pratiqué « l’acte », des « brigades de la mort » vadrouillant dans le pays… La présentation de cette enquête interdite est très instructive, aussi je vous la remets ici in extenso avant de vous donner un avis plus complet sur le fond :

« Aout 2011, l’affaire Bonnemaison ravive le débat en France sur la légalisation de l’euthanasie. François Hollande inscrit l’euthanasie à son programme électoral. Trois pays dans le monde ont dépénalisé l’euthanasie mais sous certaines conditions. La première loi vient de fêter ses dix ans. On la doit aux Pays-Bas. Depuis, ils ont été rejoints par la Belgique et récemment par le Luxembourg. Dans ces trois pays, la légalisation a été assortie de conditions très strictes. Le patient doit être dans un état de souffrance physique et psychique constante et insupportable. L’euthanasie doit faire l’objet d’un « testament de vie », être réalisée par un médecin avec le consentement d’un deuxième praticien et être déclarée à une commission de contrôle. Ces conditions sont-elles respectées ? La loi est-elle bien appliquée ? Y a-t-il un véritable contrôle ? C’est à ces questions que veut répondre cette enquête.  Nous avons tout d’abord ce partisan pro-euthanasie, Marcel, syndicaliste à la retraite, s’est retrouvé à poursuivre devant les tribunaux le médecin ayant euthanasié sa mère en dehors de tout cadre légal… Il a fait son enquête… sa mère serait loin d’être un cas isolé.  Que dire aussi de cette retraitée qui accuse ni plus ni moins ses deux neveux médecins d’assassinat. Une histoire d’héritage en serait la cause. Ces neveux auraient profité de la loi pour euthanasier leur mère qui, selon ses deux sœurs, était bonne santé… Il y a les chiffres enfin : en progression constante et souvent dissimulés. 20 % seulement des euthanasies déclarées aux Pays-Bas. Les Nations-Unies s’en inquiètent ouvertement.

Les faits

En 2009, le Comité des droits de l’homme de l’ONU tire la sonnette d’alarme. Il s’inquiète du nombre croissant d’euthanasies aux Pays-Bas. L’avis du deuxième médecin se fait de plus en plus par téléphone, de manière expéditive. En Belgique, une étude parue dans le British Medical Journal révèle que seules 20% des euthanasies pratiquées sont déclarées et une euthanasie sur deux serait réalisée sans le consentement du patient. Ces chiffres effraient. En 10 ans, aucune déclaration d’euthanasie n’a été transmise au Parquet belge. Les contrôles, qui se font à posteriori, apparaissent difficiles.

Autre sujet de préoccupation : la volonté d’aller toujours plus loin des défenseurs de la dépénalisation. Aux Pays-Bas, l’association pour le droit à mourir (la NVVE) s’est lancée dans un nouveau combat. Elle milite aujourd’hui pour la création de cliniques uniquement dédiées à l’euthanasie. Tous les fatigués de la vie disposeront ainsi d’un lieu pour mourir en paix. En 2010, une nouvelle proposition de loi a été déposée pour permettre aux personnes de plus de 70 ans, quel que soit leur état de santé, de demander l’euthanasie. Des retraités néerlandais ont déjà pris peur. Ils sont partis trouver refuge en Allemagne, craignant que leur entourage ne profite de leur vulnérabilité pour abréger leur vie… »

Doit-on mourir dans la dignité ?

Là-dessus, tout le monde est d’accord. Mais ceux qui réclament, avec l’euthanasie, « le droit de mourir dans la dignité », sous-entendent que se positionner contre la mise à mort du patient est refuser ce droit fondamental de tout être humain à mourir décemment. Ainsi le « droit de mourir dans la dignité » est un abus de langage, une arnaque de communication, et pour tout dire un sophisme qu’il faut dénoncer.

Vivre – et donc mourir – dans la dignité n’est pas un droit à obtenir, cela fait partie de l’essence même de l’être humain : quoiqu’il fasse, quelle que soit sa situation, il est une personne humaine, il est digne d’humanité. Emprisonné, humilié par le pouvoir, Nelson Mandela disait garder sa dignité parce qu’elle restait inviolable [1]. Même atteint par la maladie, tout homme conserve donc sa dignité, parce qu’elle lui est intrinsèque, en tant qu’être humain.

On ne peut négliger à ce point la dimension humaine dans le débat sur l’euthanasie, comme le développe longuement Marie de Hennezel dans son livre Nous ne nous sommes pas dit au revoir. Aussi, dire de quelqu’un qu’il est devenu un « légume » et donc qu’il n’est plus digne de vivre n’est pas humain. (Lire «  Comment tu fais pour quelqu’un qui est devenu un légume ? »). Car alors, qu’est-ce que la dignité de l’homme ? Si souffrir nous retire toute notre dignité, que devenons-nous ? Des chevaux ? Des moustiques ? CQFD.

Par ailleurs, les tristes promoteurs de l’euthanasie se servent de situations complexes. A chaque fois, la méthode est identique : à partir d’un « cas particulier », une infirmière ou un médecin provoque délibérément la mort du patient, sous prétexte de compassion. L’intention déclarée est alors : « il souffrait trop, il n’avait plus envie de vivre, il m’avait demandé de le faire »[2]. On fait parler les morts plutôt que de dire simplement « j’avais peur de le voir souffrir encore devant moi, c’était  trop dur à supporter tout seul… ».

Lorsque l’affaire n’éclate pas après les faits, ce sont des batailles médiatiques qui mettent la pression sur les familles et le corps médical : leur violence montre bien que ce sujet est très difficile et ne peut être traité d’un revers de la main. Et puis, un jour, on se rend compte que l’accompagnement du malade – et de la famille – n’a pas été suffisant. Logique, cela diminue les velléités du patient « d’en finir » avec sa vie. Et l’on « découvre » un peu plus tard que tout n’était pas vraiment joué…

Ainsi, après coup, le kiné de Vincent Humbert déclara : « Pourquoi l’avoir tué ? Il lui restait tant de choses à vivre ! ». On a un peu vite oublié aussi les conditions atroces dans lesquelles, Terri Shiavo, aux Etats-Unis, est tragiquement morte de faim et de soif, après que la justice américaine ait demandé le « débranchement » des sondes d’alimentation et d’hydratation. Se rappelle-t-on encore aussi du fait que Chantal Sébire avait refusé tout traitement médical sérieux autre que de l’aspirine ?

Euthanasie = mise à mort

Comme le disait le Pr. Bernard Debré, l’euthanasie est bien « une mise à mort »[3]. On est très loin de la « bonne mort » (origine du mot) si chère aux Grecs. L’euthanasie est même une nouvelle forme de peine capitale. Avec amour. Ou sans, d’ailleurs. Car au nom de l’amour, « tuer par amour » devient possible, alors que cela reste ôter la vie. Et tant pis si l’on supprime du même coup toute chance de rémission (lire « Une larme m’a sauvée »).

Avance aussi l’idée selon laquelle, toujours par compassion, « aider au suicide » devient acceptable, même pour ceux qui ne sont pas atteints de maladie, même pour ceux qui ne sont pas si âgés, même pour les jeunes et les adolescents mal dans leur peau. Le kit suicide disponible en pharmacie, c’est vraiment cela que nous voulons ?

Il n’est pourtant pas question, dans une sorte de dolorisme ou même de masochisme d’accepter sans sourciller la souffrance physique et morale comme un « mal nécessaire » contre lequel on ne peut rien faire. Ce serait, pour nous chrétiens, une mauvaise compréhension du sens de la souffrance humaine. Accepter personnellement de souffrir  quand tout a été fait est une chose, provoquer ou laisser perdurer la souffrance quand on peut l’amoindrir en est une autre. La morale pure ne peut justifier l’acharnement thérapeutique. C’est évident, mais ça va mieux en le disant.

Il nous appartient donc de lutter contre la douleur, et les soins palliatifs sont justement là pour permettre de soigner graduellement le patient. Plutôt que de légaliser l’euthanasie, l’urgence aujourd’hui est donc de développer ces soins palliatifs dans chacun de nos hôpitaux. C’est à cela que devraient s’employer tous ceux qui prétendent à des principes d’humanité.

Il y a enfin une part de mystère que nous ne pouvons éluder. Jean-Paul II lui-même écrivait dans sa lettre apostolique sur la souffrance : « Seul l’homme, en souffrant, se demande pour quelle raison il souffre ; et il souffre d’une manière humainement plus profonde encore s’il ne trouve pas de réponse satisfaisante. C’est là une question difficile, comme l’est cette autre question, très proche, qui porte sur le mal. Pourquoi le mal ? Pourquoi le mal dans le monde ? ».

L’homme est-il propriétaire de sa vie ?

Etre propriétaire de quelque chose signifie que cet élément à priori extérieur nous est rattaché. Or la vie n’est pas séparable de l’homme : un homme mort n’est plus un Homme, mais un cadavre. « La vie n’est  pas pour l’homme une propriété, ni même un état, mais l’expression la plus complète de ce qu’il est, et donc parfaitement inséparable de lui » expliquait déjà le Docteur en philosophie Jean-Frédéric Poisson dans son livre Bioéthique, l’homme contre l’Homme en 2007. L’être humain ne peut pas non plus posséder quelque chose dont il n’est pas à l’origine. Il est donc seulement – et c’est déjà beaucoup – dépositaire de sa vie. Nous pourrons toujours légiférer là-dessus, promulguer une loi qui déclare le contraire, cela ne changera rien à la nature même de l’être humain !

Mais le monde actuel aime à se jouer du droit naturel – et jouer ainsi avec le feu. Niant la réalité anthropologique, il se prive de la raison elle-même et va contre l’intérêt général, contre le bien commun. Parce que seul le bien rend libre, la seule véritable liberté demeure de choisir le bien. Dans un marché où toutes les possibilités deviennent valables simplement parce qu’elle sont envisageables, le choix lui-même, idolâtré, remplace le bien de l’homme, et donc aliène sa véritable liberté. Ainsi, choisir de se donner la mort n’est pas une « ultime liberté » comme le prétendent les promoteurs de l’euthanasie, mais bien un nouvel esclavage. Offert à tous. Et sans retour.

Du reste, sous couvert d’individualisme (« je fais ce que je veux de ma vie, j’ai le choix ! ») l’euthanasie est un aboutissement de l’ultra-libéralisme. Tant pis si cela n’est pas bon pour l’Homme. Les personnes âgées coûtent cher, les malades sont « improductifs » comme le disaient déjà les nazis ? Séparons-nous en le plus vite possible ! Jacques Attali lui-même a écrit : « Dès qu’il dépasse 60-65 ans, l’homme vit plus longtemps qu’il ne produit et il coûte cher à la société. La vieillesse est actuellement un marché, mais il n’est pas solvable. Je suis, pour ma part, en tant que socialiste, contre l’allongement de la vie. L’euthanasie sera un des instruments de nos sociétés futures »[4].

Et maintenant ?

Les pro-euthanasie ont rendez-vous avec le Conseiller santé de l’Elysée le 21 octobre prochain. Ils lui dédicaceront leur livre « M. le Président », rappelant ainsi opportunément à l’opinion publique la promesse de campagne du candidat Hollande… Ils réclament déjà une loi pour fin décembre. Dans ce contexte, le documentaire « L’euthanasie, jusqu’où ? » vient donc à point nommé. Puisse-t-il largement aider l’opinion à comprendre que l’euthanasie est une violence faite à l’Homme.

 


[1] « Any man or institution that tries to rob me of my dignity will lose. »

[2] Cf Affaire Christine Malèvre, La Croix, 5 juillet 2007

[3] Refuser l’euthanasie active, Le Monde, 7 mars 2000.

[4] Jacques Attali, L’avenir de la vie, 1981. Il écrivait aussi dans l’homme nomade, Ed. le Livre de Poche, 2005 :

• Dès qu’il dépasse 60/65 ans, l’homme vit plus longtemps qu’il ne produit et il coûte alors cher à la société ; il est bien préférable que la machine humaine s’arrête brutalement, plutôt qu’elle ne se détériore progressivement.

• On pourrait accepter l’idée d’allongement de l’espérance de vie à condition de rendre les vieux solvables et de créer ainsi un marché.

• Je crois que dans la logique même du système industriel dans lequel nous nous trouvons, l’allongement de la durée de la vie n’est plus un objectif souhaité par la logique du pouvoir.

• L’euthanasie sera un des instruments essentiels de nos sociétés futures dans tous les cas de figure. Dans une logique socialiste, pour commencer, le problème se pose comme suit : la logique socialiste c’est la liberté, et la liberté fondamentale c’est le suicide ; en conséquence, le droit au suicide direct ou indirect est donc une valeur absolue dans ce type de société.

• L’euthanasie deviendra un instrument essentiel de gouvernement.

Un pape et des homos

Pape François

Ce pape est extraordinaire, comme vous l’avez tous remarqué. « Un pape ne donne pas d’interviews », nous disait-on toujours. Mais ça, c’était avant. Maintenant, nous pouvons lire en entête de cet entretien (à télécharger ici pour le lire à tête reposée) : « Le pape François ne donne pratiquement pas pas d’interview. » Tout est dans ce petit adverbe ! ;-)

Avec ce billet, je me contente d’aborder la question homosexuelle, bien que tant d’autres sujets passionnants sont présents dans ce texte génial. Après tout, nous nous sommes tellement penchés là-dessus depuis un an qu’il est bon d’encore écouter le pape, même si nous pouvons être un peu lassés, et cela se comprend…

Il semble d’ailleurs que François se tient très informé de la situation en France. Au coeur de l’été, le 15 août dernier, j’avais soutenu, en tant que co-fondateur d’Homovox, la lettre ouverte de plusieurs catholiques homosexuels publiée simultanément via La Croix et La Vie. (On regrette au passage que peu d’autres journaux aient évoqué cette tribune, alors que nous avons eu la joie de la voir reprise sur Radio Vatican – mais il est vrai qu’elle était également co-signée par Frigide Barjot…). Bref, nous dénoncions alors une certaine « chape de plomb » dans l’Eglise sur cette question et nous réclamions notamment une nouvelle pastorale. (De nombreuses personnes homosexuelles ne contactent-elles pas, par le biais du site Homovox.com, pour nous demander si nous avons un centre d’accueil ?) C’est dire si cet interview, réalisée les 19, 23 et 29 août derniers, est pour nous une réponse directe du pape à notre supplique, seulement 4 jours après !

Ecoutons-le pape : chacun peut noter que François parle d’abord de la nécessité pour les ministres de l’Eglise – et c’est valable pour nous aussi, laïcs – d’ « être miséricordieux, de prendre soin des personnes, de les accompagner comme le bon Samaritain qui lave et relève son prochain. » Le pape ajoute : « Cet évangile est pur. Dieu est plus grand que le péché. » Autrement dit, sommes-nous assez miséricordieux vis-à-vis des personnes homosexuelles ?

Bien-sûr, cela ne veut pas dire tomber dans le relativisme, mais accueillir simplement ces personnes telles qu’elles sont, sans vouloir à tout prix les changer pour les faire devenir finalement telles que nous sommes – ce qui nous arrangerait bien : on n’a pas toujours envie d’être dérangé. Le pape explique aussi que nous devons être capable de « réchauffer le coeur de ces personnes, de dialoguer, de cheminer avec elles, de descendre dans leur nuit, dans leur obscurité, sans se perdre. »

Sommes-nous toujours dans cette attitude quand nous croisons ces personnes sur Facebook ou Twitter ? N’avons-nous pas, parfois, l’exclusion un peu trop rapide ? Entendons-nous bien : en ce qui me concerne, je ne suis pas homosexuel, mais j’ai souvent mal pour eux, à voir comment on leur répond. Hier, un ami me parlait des « pds » dans un de ces textos. Encore ce matin, j’ai vu passer un tweet qui reprenait une blague grivoise en vogue dans la marine à leur sujet… Disant cela, je précise que brandir l’homophobie à tort et à travers – souvent pour des raisons idéologiques et politiques – jusqu’à même stigmatiser les homosexuels eux-mêmes, n’est pas non plus très juste et relève plutôt de l’extrême inverse.

A l’inverse, justement, de ces attitudes stériles, écoutons le pape François qui nous invite à ouvrir de nouvelles routes envers toutes ces personnes (un peu comme ce qu’essaye encore Homovox ?) :

« Au lieu d’être seulement une Eglise qui accueille et qui reçoit en tenant les portes ouvertes, efforçons-nous d’être une Eglise qui trouve de nouvelles routes, qui est capable de sortir d’elle-même et d’aller vers celui qui ne la fréquente pas, qui s’en est allé ou qui est indifférent. »

Précision : l’auteur de cet entretien explosif explique que le Saint Père évoque ici particulièrement les personnes qui vivent des « situations irrégulières pour les Eglise, ou tout du moins des situations complexes, avec des blessures ouvertes (…) et qu’il pense aux divorcés remariés, notamment, mais aussi aux couples homosexuels ».

La question qui vient ensuite est bien celle dont nous parlions plus haut : « Comment faire alors une pastorale missionnaire ? ». Le pape répond :

« Nous devons annoncer l’Evangile sur chaque route, prêchant la bonne nouvelle du Règne (de Dieu) et soignant, aussi par notre prédication, tous types de maladies et de blessures. »

Puis il raconte :

« A Buenos Aires, j’ai reçu des lettres de personnes homosexuelles (*), qui sont des « blessés sociaux » parce qu’elle se ressentent depuis toujours condamnées par l’Eglise. Mais ce n’est pas ce que veut l’Eglise. Lors de mon vol de retour de Rio de Janeiro, j’ai dit que, si une personne homosexuelle est de bonne volonté et qu’elle est en recherche de Dieu, je ne suis personne pour la juger. Disant cela, j’ai dit ce que dit le Catéchisme (de l’Eglise catholique). »

Le pape indique donc ici assez clairement que l’Eglise ne souhaite pas que les personnes homosexuelles se sentent jugées, condamnées par elle ou par les catholiques. Le catéchisme précise d’ailleurs au numéro 2358 : « Les personnes homosexuelles doivent être accueillies avec respect, compassion et délicatesse. On évitera à leur égard toute marque de discrimination injuste » (relire à ce sujet la position de l’Eglise catholique).

Le pape connaissant parfaitement son catéchisme (!), il nous met donc en garde contre une forme d’ingérence dans la vie de ces personnes :

« La religion a le droit d’exprimer son opinion au service des personnes, mais Dieu dans la création nous a rendus libres : l’ingérence spirituelle dans la vie des personnes n’est pas possible. Un jour, quelqu’un m’a demandé d’une manière provocatrice si j’approuvais l’homosexualité. Je lui ai alors répondu avec une autre question : « Dis-moi, Dieu, quand il est regarde une personne homosexuelle, en approuve-t-il l’existence avec affection ou la repousse-t-il en la condamnant ? ».  Il faut toujours considérer la personne ».

Nous avons donc ici une bonne leçon : ne jugeons pas ces personnes. Mieux encore, le pape nous demande d’avoir pour elles de la miséricorde (la spiritualité du siècle!) :

« Nous entrons ici dans le mystère de l’homme. Dans la vie de tous les jours, Dieu accompagne les personnes et nous devons les accompagner à partir de leur condition. Il faut les accompagner avec miséricorde ».

On peut donc ajouter qu’il n’est pas nécessaire de réclamer un certificat de chasteté à ces personnes pour les estimer comme fréquentables. Tant mieux, cependant, pour les personnes homosexuelles qui parviennent à vivre une abstinence et qui peuvent en témoigner ! (Qu’elles se rappellent toutefois qu’elles ne sont qu’au début d’un chemin héroïque vers la sainteté, charge à nous, chrétiens, de ne pas trop souvent les mettre sur les autels).

Enfin le pape prévient (- justement?) :

« Nous ne pouvons pas insister seulement les questions liées à l’avortement, au mariage homosexuel et à l’utilisation de méthodes contraceptives (…), nous ne pouvons pas en parler en permanence ».

Le risque serait en effet de s’enfermer dans un système où nous serions tous des experts sur ces sujets, et où l’accueil de toute personne souffrante, blessée, passerait au second plan de nos priorités, dans notre vie de tous les jours. Or c’est souvent là que commence l’évangélisation véritable, mission première de l’Eglise.

 

(*) Il n’est pas question ici du faux-scoop dont la presse française a parlé en septembre, et pour lequel même le Figaro s’est fait piéger. En effet, cet interview est antérieur et n’a probablement pas eu de retouches depuis sur le sujet. Cependant, quand le pape parle d’un jeune homme à qui il a téléphoné, on peut très bien penser, compte-tenu de ce qu’il vient de dire, qu’il l’aurait fait de la même manière pour une personne homosexuelle : « Un autre exemple récent : les journalistes ont beaucoup parlé du coup de téléphone que j’ai donné à un jeune homme qui m’avait écrit une lettre. Je l’ai fait parce que sa lettre était si belle, si simple. Lui téléphoner a été pour moi un acte de fécondité. Je me suis rendu compte que c’est un jeune qui est en train de grandir, qui a reconnu un père, et alors je lui ait dit quelque chose de sa vie. Le père ne peut pas dire : « Je m’en moque ». Cette fécondité me fait tellement de bien ! »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

le blog de Jean-Baptiste Maillard