En 2015, un de mes bons amis a contribué au lancement du Comité de soutien à Vincent Lambert et m’a sollicité plusieurs fois pour quelques conseils. Sans pourtant avoir jamais ni rencontré, ni jamais vu Vincent Lambert, je me suis alors trouvé très proche de cet homme handicapé – peut-être parce que j’en suis un aussi ? – mais qui ni malade, ni branché, qui respire sans assistance, qui est capable de bouger, et même de déglutir… (voir sa situation médicale). J’ai donc commencé alors à prier spécialement pour lui et le combat pour la vie qu’il concentre, bien malgré lui, sur sa personne… Au même moment, j’ai fait une grande rencontre, que je n’aurais jamais cru possible ! En voici le récit détaillé, gardé jusqu’ici dans mes archives.

C’était dans le TGV, le 22 avril 2015, sur une ligne que je ne prends pour ainsi dire jamais. Ma voisine de gauche, jusqu’ici bien discrète, se met subitement à respirer de façon bruyante et saccadée. Nous traversons alors une ville de province…

Je lui demande, inquiet pour elle, m’imaginant déjà faire un massage cardiaque :

– Ça va aller, Madame ?
– Merci, mais vous n’y pouvez rien !

Puis, soudain, en regardant par la fenêtre, elle se met à éclater en sanglots. Des larmes lui coulent sur le visage. Je me tourne à nouveau vers elle :
– Vous êtes sûre que vous allez bien ? Que se passe-t-il ?
– C’est mon chéri, me répond-elle.

Je pense – à tort – à une rupture amoureuse. Ma voisine de droite me renseigne discrètement : « elle s’est mise à pleurer, je l’ai vu, quand elle a vu le cimetière… ». Fort de ce nouvel élément, je dis tout de go à cette femme qui pleure et qui a l’air bien malheureuse :
– Il est au ciel, maintenant, vous savez. Et il est heureux. Je vous prie de me croire.
Mais elle me répond :
– Si vous le dites… moi, je n’y crois pas.
– J’en suis sûr ! Mais je vais prier pour vous, si vous le voulez bien.
– Si cela peut vous faire plaisir, pourquoi pas…

Ses yeux sont baignés de larmes, ses lunettes trempées, elle cherche, en vain, d’une main maladroite, un mouchoir pour les essuyer. Je m’empresse de lui en donner un : « merci, c’est gentil, me dit-elle ». Elle est comme touchée par ce geste si simple, si anodin…

Puis je lui tends le dernier numéro d’Il est vivant!, que j’avais avec moi : cela peut l’apaiser, lui témoigner de la joie de croire. Elle accepte. Elle lit un témoignage que je lui ai conseillé, en le feuilletant devant moi. Nous reprenons notre conversation plus calmement. J’ose lui demander :
– De quoi est-il mort ?
– Maladie de Charcot – lâche-t-elle, douloureusement.
– A-t-il pu bénéficier des soins palliatifs ?
– Non, il n’en voulait pas, murmure-t-elle. J’aurais voulu l’emmener en Belgique et en Suisse, mais on ne nous a pas laissés partir… Il est mort dans des conditions horribles, me raconte-t-elle.

Puis, elle se redresse, comme pensant avoir désormais trouvé un sens à sa vie :

– Depuis, je milite pour l’euthanasie. J’ai lancé une pétition sur Internet, qui a recueilli 100.000 signatures, j’ai même interpellé en direct le Président de la République (François Hollande, à l’époque) dans une émission de radio, mais il a été complètement à côté de la plaque…

Et elle ajoute : « vous voyez, maintenant, ce combat, c’est ce qui me fait tenir ! ».

J’avais pour elle comme l’image d’une grande spirale, qui, au lieu de tourner vers la vie, tournait dans le sens inverse.

Nous avons continué à discuter longuement. Bientôt, elle me parle de Vincent Lambert. Pour elle, il s’agit d’un « légume » (à ce sujet, chers lecteurs, je ne saurais que trop vous recommander de lire ce billet du philosophe Paul Clavier, de l’Ecole Normale : faut-il aider quelqu’un à mourir s’il est devenu un « légume » ?).

Alors, je lui ai dit que j’avais un ami dans le Comité de soutien, que j’aimerais continuer d’échanger avec elle, que nous ne serions pas toujours d’accord mais que ça serait bien de poursuivre ce dialogue. Elle m’a répondu : « bien sûr, voici ma carte ». Je l’ai toujours, dans mon portefeuille, depuis maintenant plus de 3 ans, et je prie régulièrement pour elle, pour qu’elle rencontre celui qui a dit « Je suis le chemin, la vérité et la vie » (Evangile de Jean, chapitre 14, verset 6).

Cette femme, pourtant pleine de bonne volonté, fait donc partie du lobby pro euthanasie en France. Je ne vous donnerai pas son nom, par respect pour elle, mais sachez qu’elle est en lien avec toutes les organisations qui travaillent à la légalisation de l’aide active à mourir… c’est-à-dire le suicide assisté, ou comment aider ces personnes en grande souffrance physique ou psychique, jeunes ou moins jeunes, en pleine santé ou non, à en finir avec la vie. Elle a même fondé sa propre association dans cet objectif, « pour avoir le droit de choisir sa mort ». Et elle est souvent interviewée par la presse… y compris ces derniers jours.

Pourquoi cette rencontre providentielle ? Une réponse me vient aujourd’hui : pour prier et faire prier pour elle, bien sûr, mais aussi pour en témoigner. Ce que je fais, ici. Car après tout, Dieu n’est-il pas capable de nous faire rencontrer qui Il veut, au moment où Il le veut ? Osons le dire : la probabilité que dans un train de France, je rencontre, non pas dans le même train, ni dans le même wagon, mais juste à côté de moi, une personne de l’autre bord, était quasi-nulle.  C’est Dieu qui a voulu que je connaisse cette personne. Et aujourd’hui, alors que la situation paraît désespérée pour Vincent Lambert, cela résonne pour moi comme un signe que Dieu, lui, Il peut tout. Osons prier pour Vincent Lambert ! Osons demander à Dieu ce que nous avons sur le cœur à son sujet ! Et surtout, ne nous décourageons pas dans ce combat qui est juste : jamais ! jamais ! jamais !

Un combat qui est juste n’est jamais vain, car la justice, 1er degré de la charité, finit toujours par triompher !

« Point n’est besoin d’espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer. » Guillaume 1er d’Orange