Réunir la famille pour mieux la promouvoir ?

J’ai souhaité écrire ce billet après avoir lu des articles sur le net au sujet du conflit entre Frigide Barjot et la Manif pour tous. Parce que tout cela m’a profondément révolté et attristé, j’ai voulu vous donner mon sentiment, et parce que je souhaite aussi que nous retrouvions la paix et l’unité. Ce billet comporte deux parties :

  1. Une femme blessée
  2. Nous unir ?

1. Une femme blessée

Une femme est blessée, mais on lui tire encore dessus. Après un coup de poignard dans le dos en pleine négociation pour obtenir de pouvoir participer à ce qui risque fortement devenir un congrès de bien-pensants, voici que des blogueurs faisant autorité se jettent sur sa dépouille, en espérant encore agiter quelque chose. Il est triste de voir des chrétiens se taper dessus en négligeant la parole du Christ, « voyez comme ils s’aiment ». Il est triste de voir assister à la curée de nombreux catholiques qui prennent pour argent comptant tout ce qui est dit et qui s’en font ensuite des gorges chaudes dans les réseaux sociaux, espérant même de nouveaux rebondissements, comme dans une mauvaise série B… Tant et si bien que toutes ces piques font la joie de l’un de nos plus farouches adversaires, Bruno Roger-Petit, qui s’en sert dans un article publié ce soir sur Le Nouvel Obs. De leur côté, les z’amis de Frigide ont choisi de répondre par l’esquive. Ambiance.

Tant que cela marchait, on la suivait, on était derrière elle, comme leader du mouvement. Nous étions même plusieurs millions à la suivre dans le cortège des manifs, sans rien y trouver à redire, puisque nous étions là. Mais il nous faut parfois trouver un coupable à l’échec apparent d’un mouvement auquel on a appartenu. Frigide Barjot est ce coupable idéal, dès lors qu’expulsée, poussée dans ses derniers retranchements, on l’a poussée à dire quelque chose de négatif sur le groupe humain qui l’avait évincé. Alors, pour mieux la lyncher, au cas où elle voudrait revenir, on déterre de vieux dossiers et sur lesquels on ne trouve qu’un seul son de cloche. Bref, un vrai réquisitoire.

Et la prescription, alors ? Est-ce pour la bonne cause ? Qu’est-ce qu’une cause si importante qu’elle est supérieure à la charité ? Nous avons voulu nous battre, au départ, pour des personnes humaines – les enfants et aujourd’hui nous tapons sur une personne. Où est la cohérence ?

On peut reprocher beaucoup de choses à la dame Barjot, mais sous-entendre, par exemple, dans l’acte d’accusation, que c’était pour un enrichissement personnel, c’est un jugement injuste et incongru de ses intentions. Ajouter encore que Frigide Barjot manque d’humilité, et on serait tenté de répondre qu’avec de telles tribunes, elle va progresser drôlement vite… Mais dites voir un peu, les amis, la parabole de la poutre dans l’œil, ça vous dit quelque chose, ou pas ?

Je pose la question : en quoi ces billets font-il grandir les uns et les autres, chacun, personnellement ? Je crois au contraire qu’ils nous font régresser en charité, parce que nous tombons tous dans le jugement, si j’en crois les réactions qui n’ont fait qu’en rajouter… Pour autant, je ne me permets pas de juger des intentions des auteurs de ces tribunes qui ont certainement leur propre histoires et blessures qui conduisent leurs actes (comme tout un chacun).

D’accord, Frigide avait la capacité, mieux que personne, de briser le mur médiatique, tel un marteau-piqueur, en raison de son passé de chroniqueuse showbizienne et des entrées dont elle dispose encore sur les plateaux télé. Tous les acteurs du mouvement, à sa suite, savaient en profiter. Mais la Manif pour tous a finalement décidé de se passer d’elle, avec d’autres. Soit. Dans cette lutte de pouvoir pour prendre le contrôle de la nouvelle boutique, chacun a donc poussé ses pions. Personne, d’ailleurs, n’a voulu d’une dissolution temporaire du mouvement, comme certains cadres l’avaient pourtant proposé. Il y avait-il -  par hasard – quelque chose à récupérer ? Des donateurs, des mécènes, de l’audience, des internautes, que sais-je ? Au fond, peu importe. Nombreux sont ceux qui ont eu connaissance des combats au sein de LMPT et qui n’ont pas répandu sur Internet toutes ces stériles disputes – ni en les approuvant d’un Facebook like. Donc non, définitivement non, au nom du Christ, n’adhérez pas aux pugilats publics, arrêtez de tirer à la kalachnikov sur l’ambulance, s’il vous plaît !

2. Nous unir ?

Aujourd’hui, plutôt que nous diviser et rajouter des tonneaux d’huile sur le feu, nous ferions mieux de nous unir. De nous retrouver. Pour cela, nous devons d’abord comprendre qui nous sommes. Un excellent observateur(*) ayant récemment éclairé ma lanterne, je reprends ici l’intégralité de ses explications, avec son aimable autorisation, pour y ajouter les miennes.

Grosso modo, le mouvement qui s’est levé autour de la Manif pour tous a tourné autour de six familles, chez les cathos :

- les post-maurrassiens (héritiers de l’Action française)

- les post-maurrassiens lefebvristes et assimilés (Civitas, etc.)

- les post-maurrassiens ultramontains (prônant encore la primauté de l’Eglise sur le pouvoir politique, et qui ont fini par être de moins en moins maurrassiens pour être de plus en plus ecclésiaux)

- la vieille France classique aristocratico-bourgeoise de droite en synergie avec l’Eglise de France et différents groupes militants ou associatifs

- les « post-modernes » éclectiques (même s’ils militent pour et contre les mêmes choses) en phase avec les tendances lourdes et d’avenir de la société d’aujourd’hui

- les cathos de gauche.

A cela s’ajoute un fossé de génération. Même si chaque famille comporte ses « jeunes », ces six familles sont issues du passé et il y a en même temps des unités transcourants de générations : 18-30 ans, quinquagénaires, retraités, etc. Or il est indispensable que les 18-30 ans aient toute leur place avec les intuitions propres à la jeunesse – sans se sentir trahis par leurs semblables qui versent parfois dans le vedettariat ! Vivant dans la société d’aujourd’hui et relativement étrangers aux legs conflictuels du passé, ils trouvent intuitivement et spontanément une partie essentielle des « réponses adaptées » car ils sont et le présent et l’avenir. Les Veilleurs en sont un bel exemple, ils renouvellent en profondeur les stratégies trentenaires des vieilles associations. (Mais veillons cependant à ne pas exporter chez eux ces conflits jusqu’aux générations suivantes).

Ces six familles se sont unies sur un refus commun mais restent divisées à cause de leurs origines et par voie de conséquence aussi sur le projet et les choix stratégiques, idéologiques, qu’elles défendent et qui engage l’avenir. Par voie de conséquence aussi, chaque famille tend à considérer le projet des autres comme un danger pour le sien et trouve légitime de tenter de s’attribuer le leadership de l’ensemble du mouvement de protestation pour mieux protéger et faire avancer son propre projet. Outre les hyper-personnalités des uns ou des autres, ceci explique aussi, en partie, les dissensions : avant le conflit avec Frigide, il y avait déjà en germe la lutte de qui prendrait la suite.

Au final, ces six familles sont structurellement et historiquement difficilement réconciliables, bien qu’elles sachent se fédérer sur de grandes causes de façon épisodique (avec des manifs comme combat médiatique utile mais très insuffisant). Elles ont cependant toutes l’avantage de pouvoir agglomérer autour d’elles des segments puissants de la société globale et de répondre de façon différente et complémentaire à l’idéologie des LGBT et du libéralisme libertaire. Pour cette raison, ces six familles sont toutes indispensables dans la perspective d’un mouvement de grande ampleur visant à promouvoir la famille et l’écologie humaine dans son ensemble. Pour cette raison encore, il ne peut y avoir de coordination unique autour d’une seule tête, mais seulement un « pluralisme concerté ».

A partir du moment où un post-moderne pourra difficilement adhérer à un projet bcbg-catho-classique de droite et réciproquement avec tous les autres membres d’autres courants, la seule solution qui reste est ce pluralisme concerté. Frigide Barjot, malgré ses défauts, parvenait tout de même à une synthèse de ces familles. Elle organisait assez naturellement ce pluralisme concerté. Cela avait commencé dès le mois de mai 2012 par des réunions de rassemblement dans les cafés parisiens, où tout le monde était invité… Elle avait ainsi réussi, avec d’autres, cette alchimie compliquée qui fait la force des grands mouvements.

Maintenant qu’elle a été éjectée pour divergence de projet (et incompatibilité d’humeur), la Manif pour tous version II aura plus de difficultés à fédérer très largement. Finalement, tant que le mouvement n’aura pas retrouvé ce pluralisme concerté, il prendra le risque de devenir un ghetto de cathos auto-satisfaits pour finir dans le mur. En effet, comment se remettre en cause si personne ne vient nous déranger ? Qui se reconnaîtra dans ce mouvement s’il est uniforme ? Beaucoup, déjà, sont partis…

Conclusion

La Manif pour tous n’a pas seulement levé une nouvelle armée, elle a aussi réussi à mettre un frein durable aux développements de la loi du mariage dit pour tous tels que le souhaitait le lobby LGBT. Même si les manifs n’ont pas réussi à faire plier le gouvernement, l’opinion a été touchée puisque les Français sont devenus moins favorables au mariage pour tous au moment du vote de la loi. Attention à ne pas faire faiblir ce virage à cause de l’image négative que l’on donne aujourd’hui. Regardons vers l’avant plutôt que de nous regarder le nombril, cela risque de coûter cher à des enfants !

Maintenant, qu’allons-nous en faire ? Oserons-nous, aussi, nous remettre en cause ?Nous pouvons aujourd’hui nous poser la question de l’avenir de la Manif pour tous : peut-elle se relever de ce conflit, est-elle sur la fin et dans ce cas saura-t-elle laisser toute la place à d’autres mouvements peut-être désormais plus pertinents, comme par exemple les Veilleurs ?

Nous pouvons encourager les nouveaux combattants à dépasser rancœurs et clivages pour travailler en profondeur, labourer le terrain sur le long terme – comme le font nos adversaires – et retrouver le courage de l’engagement politique.

Nous pouvons aussi continuer d’arroser ce qui a été semé autour de la Manif pour tous, et qui, manifestement, a porté du fruit. Comme par exemple à travers l’accueil des adoptés à travers les Adoptés pour l’enfance, ou celui des personnes homosexuelles avec Homovox.

Nous pouvons encore et surtout former les nouvelles générations aux combats de demain. Cela commence dès l’enfance, par des écoles par exemple.

C’est à cet immense et passionnant défi que nous devons dès maintenant consacrer nos efforts.

 

(*) Bruno M.

 

12 réflexions sur “ Réunir la famille pour mieux la promouvoir ? ”

  1. « Une femme est blessée, mais on lui tire encore dessus. Après un coup de poignard dans le dos en pleine négociation pour obtenir de pouvoir participer à ce qui risque fortement devenir un congrès de bien-pensants, voici que des blogueurs faisant autorité se jettent sur sa dépouille, en espérant encore agiter quelque chose »

    Cette femme blessée attaque tout le monde, en blessant ainsi, par des accusations dont les fondements restent à prouver, le mouvement qu’elle a contribué à créer… Les attaques contre elle ne sont que des tentatives de se défendre, et surtout de protéger le mouvement.

    J’ai peur que l’auteur de ce texte ne connaisse pas bien Frigide et ne sache pas de quoi elle est capable pour arriver à ses fins. Certains moyens pervertissent toute fin, fut-elle la meilleure du monde.

    1. Je ne sais pas si répondre est toujours une bonne façon pour un mouvement de se protéger, surtout face à quelqu’un qui a du poids médiatique. Là encore, n’est-ce pas mettre de l’huile sur le feu ? Savez-vous aussi ce qu’elle a subi en coulisse ? Et je n’ai pas parlé des nombreuses tentatives de médiation. Du reste, en ce qui me concerne, je crois connaître assez bien Frigide, ayant monté plusieurs opérations avec elle depuis 2008…

  2. « Nous étions même plusieurs millions à la suivre dans le cortège des manifs, sans rien y trouver à redire, puisque nous étions là. »

    Si, on y trouvait à redire, nous étions très nombreux à y trouver à redire, et à demander depuis longtemps que Frigide prenne ses distances, avant que ça finisse comme c’est en train de finir…

    Nous sommes très nombreux à l’avoir vu venir, de très loin, parce que nous la connaissions (et encore, je ne la connais moi que très très peu. Et pourtant je m’en doutais…), et à avoir demandé qu’elle ne prenne pas une trop grande place dans le mouvement. Elle ne nous a pas écouté, et a au contraire tout fait pour devenir indispensable… ce qu’un leader doit à tout prix éviter.

      1. Non, pas « avant tout le monde », justement.
        Beaucoup de monde l’a vu venir. Beaucoup de monde (moi compris, et beaucoup de monde autour de moi) n’était déjà pas d’accord avec moult slogans de la 1e Manif Pour Tous. Et ça n’a fait que s’amplifier.
        Ne pensez pas, cher Jean-Baptiste, que vous êtes « tout le monde ». C’est évidemment, et vous le savez bien, plus compliqué !

    1. Fik: Sur ce coup désolé, mais JB connais bien Frigide et moi aussi, et dès le début on pouvait effectivement anticiper certaines choses avec elle et donc les éviter ou gérer… Par contre ce qu’on ne pouvait pas anticiper ce sont les comportements des autres acteurs LMPT….
      Évidemment quand on voit la genèse de LMPT (j’ai encore un mail de mai 2012 sur le sujet, c’est dire si la genèse est lointaine) et le développement imprévu du au succès de la manif d’octobre, on se rend compte que ce qui à manqué (mais plus facile à dire qu’à faire quand on fait mémoire de la pression à gérer) c’est des temps ou le Copil de LMPT aurait pu se poser pour souffler et se mettre au vert afin d’éviter que les tensions inévitables de se transforment en ruptures et blessures irréconciliables…

  3. Pas mal sauf que comme Fikmonskov le dit bien elle n’a justement jamais été la synthèse du mouvement. C’est tout le problème. Les gens ont tus leur critiques devant l’enjeu de la mobilisation. Il est toujours plus facile d’être unis contre un ennemi commun, la loi Taubira, que de se mettre d’accord pour construire. Ca me fait penser au manif syndicaliste du 1er mai – les manifs ‘unitaires’ sont très rare. Avec la LMPT nous avons vécu un moment très rare d’union mais il ne devrait pas durer.

  4. Je trouve toute cette situation bien triste et je suis bien amer…

    Une initiative de plus qui se fout en l’air à cause des divisions… décevant ! Et tellement prévisible, le mal se déchaine dès qu’il peut !
    « Vanité des vanités, tout est vanité »…

    Sans Frigide, nous ne serions pas là.
    Sans l’implication fabuleuse de tous les acteurs de LMPT non plus.
    Et pourtant aujourd’hui tout ce monde s’entredéchire, s’insulte par voie de communiqués et prend les Français à partie…

    Les divisions ont l’air profonde et elles font jubiler nos adversaires de tous bords (LGBT, JL Romero, Bergé…). Ils ont presque gagné, le mouvement est moribond faute d’unité et ne risque que de se déliter davantage.
    Heureusement qu’il y a les veilleurs…

    A titre personnel, je tiens à pousser un coup de gueule, car je me sens trahi. Trahi par tous les acteurs de ces déchirements internes : Frigide, Xavier, Ludo et tous les autres…

    Vous me décevez, mais vous me décevez beaucoup.

    Vous volez, en quelque sorte, aux centaines de milliers de personnes qui se sont mobilisées et investies dans ce mouvement, la dynamique de cette mobilisation qui n’attendait qu’à reprendre après l’été.

    Par ces déchirements, vos diatribes, vos combats médiatiques vous êtes en train de tout casser !

    Vous donnez un gros coup de frein à cet élan, pas toujours évident à entretenir avec nos vies d’étudiants, de parents, d’actifs ou de retraités déjà chargées d’engagements en tout genre.

    Vous faites perdre à ce mouvement sa beauté : son unité, sa pluralité, ses contrastes…

    On n’y comprend plus rien, on vous voit vous déchirer et on a peur que cela contribue à ralentir ce mouvement d’opposition qui se doit de s’intensifier aux vues des nouvelles réformes mortifères et déshumanisantes qui approchent…

    Alors, par pitié, nous qui avons prié pour la Paix en Syrie, essayons de la mettre en pratique entre nous.

    Essayons de trouver ce qui nous rassemble plutôt que ce qui nous éloigne, car notre véritable ennemi, c’est la Sociale démocratie, la franc-maçonnerie et le libertarisme qui sont en train de tout démolir.

    Notre ennemi n’est pas LMPT ou Frigide Barjot ou les deux. Nous sommes alliés face à ces idéologies. Nous avons besoins les uns des autres pour réussir.

    L’union fait la force.

    ONLR!

  5. Quand on est porte-parole, on a un mandat qui dit quelle parole on doit porter. Pas la sienne, mais celle du collectif qui a confié ce mandat. Je suis personnellement d’accord avec FB/XB sur le CUC qui aurait été la solution, mais 1) ce n’était pas dans le mandat 2) le pouvoir a montré qu’il ne souhaitait aucune « porte de sortie honorable » puisqu’il est passé en force sur tout et à rejeté les amendements déposés en ce sens – et donc la stratégie proposée par FB est au mieux inopportune.
    Comme je ne crois pas que FB était propriétaire du mouvement LMPT, et que celui-ci, au fur et à mesure qu’il progresse, découvre parmi ses leaders ceux qu’il connaissait moins, il est normal que la gouvernance du mouvement évolue. Avec ou sans FB. C’est la vie des organisations, ce n’est ni bien ni mal.
    Je remercie FB et tous ceux de l’Avenir Pour Tous pour le bout de chemin que nous avons fait ensemble, je ne doute pas que nous aurons d’autres bouts de chemins à parcourir derechef ensemble et je suis prêt à le faire sans arrière-pensée … Mais je ne crois pas que FB puisse passer pour un bouc émissaire : elle n’en a pas l’innocence !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>