Nouvelle évangélisation : gare aux mauvaises interprétations

« Affrontons la nouvelle évangélisation avec enthousiasme. Apprenons la joie douce et réconfortante de l’évangélisation », exhorte le document de travail officiel – l’“Instrumentum laboris” – du prochain synode des évêques dont l’enjeu central est “le retour de la question de Dieu dans la société”. Pour l’archevêque croate Mgr Nicola Eterovic, secrétaire général du synode, cette nouvelle évangélisation est un remède à la « solitude » et au « découragement », un appel à la « joie » chrétienne. C’est ce qu’il a expliqué lors de la présentation du document de travail officiel, comme nous le rapporte Zenit :

Du 7 au 28 octobre 2012, la XIIIème Assemblée générale ordinaire du Synode des évêques se tiendra au Vatican sur le thème « La nouvelle évangélisation pour la transmission de la foi chrétienne ». Sous la conduite du Saint-Père Benoît XVI, Président du Synode des évêques, des représentants des évêques du monde entier, dans un climat de prière, de dialogue et de communion fraternelle, réfléchiront sur la transmission de la foi chrétienne. Il s’agit d’un des grands enjeux de l’Eglise qui sera approfondi dans le contexte de la nouvelle évangélisation. Par conséquent, les deux aspects du sujet du synode sont intimement unis et se complètent mutuellement. Le but de la nouvelle évangélisation est la transmission de la foi chrétienne. Le devoir qui nous presse de transmettre aux nouvelles générations l’Evangile de Jésus – sans interruption du processus de transmission de la foi – se déroule dans le contexte de la nouvelle évangélisation.

La réflexion synodale sera enrichie par le lien avec l’Année de la foi qui, selon la décision du Souverain Pontife, exprimée dans la Lettre apostolique sous la forme de motu proprio « Porta fidei », commencera le 11 octobre, au cours des Assises synodales, en commémoration du 50ème anniversaire du lancement du Concile œcuménique Vatican II et du 20ème anniversaire de la publication du Catéchisme de l’Eglise catholique.

L’Instrumentum Laboris, ordre du jour des Assises synodales, représente une étape importante dans la préparation des travaux synodaux. C’est le résultat des réponses aux Lineamenta, document de réflexion sur le thème de l’Assemblée synodale qui, publié le 2 février 2011 en la fête de la Présentation du Seigneur, a été envoyé aux 13 synodes des évêques des Eglises orientales catholiques sui iuris, aux 114 conférences épiscopales, aux 26 dicastères de la Curie romaine et à l’Union des Supérieurs généraux. (…)

Nous voyons bien ici que ce synode s’inscrit dans la tradition de l’Eglise – au sens large – c’est-à-dire dans l’évolution de son Magistère et les différents évènements et discussions qui jalonnent son histoire, avec l’aide de ses pasteurs au premier rang desquels se trouve le pape.

Evoluant sous la conduite de l’Esprit Saint, cette tradition est vivante et ne peut s’arrêter à un moment donné. Le concile Vatican II – et sa « relecture », dans une herméneutique(1) de continuité avec la longue tradition de l’Eglise, n’est pas le seul « point d’ancrage » de cette nouvelle évangélisation, contrairement à ce qu’ont pu affirmer certains commentateurs (2). En effet, il ne s’agit pas de « sur interpréter » ou de « sous interpréter » Vatican II, mais de laisser l’Esprit Saint nous guider pour renouveler notre mission première, aujourd’hui, dans nos vies comme dans nos diverses missions, tout en prenant en compte les derniers ajustements qui donnent notamment une plus grande place aux laïcs dans la mission universelle de l’Eglise.

Ce nouveau synode se situe d’ailleurs dans le sillage de celui de 1974, comme a pu le rappeler Mgr Eterovic, soit bien après Vatican II, et l’exhortation apostolique qui en avait découlé est encore aujourd’hui loin d’être assimilée, notamment en ce qui concerne la question de la nécessité d’une annonce explicite (au paragraphe 22). A nous, également, de s’approprier ces textes pour féconder notre évangélisation.

Bref, si la nouvelle évangélisation peut être comprise comme « Vatican II en marche », le véritable point d’ancrage de la nouvelle évangélisation est en réalité l’Esprit Saint, 1er protagoniste de toute évangélisation, dixit Paul VI dans Evangelii nuntiandi. C’est en effet Lui qui a soufflé ce concept, cet appel pour une nouvelle évangélisation, à Jean-Paul II. Ce dernier l’a précisée comme étant « nouvelle dans ses méthodes, dans son ardeur et dans son expression ». Et sans l’Esprit Saint, cette nouvelle évangélisation ne pourrait être nouvelle, ni dans ses méthodes, ni dans son zèle, ni dans ses langages.

Vatican II a bien dit que l’Eglise est le plus court chemin vers Dieu pour l’homme moderne. Il n’en demeure pas moins que cette proximité entre l’Eglise et les hommes de notre temps ne peut se faire sans l’abandon de certaines vues de l’esprit, mentalités ou idéologies. Ceux-ci sont de véritables freins à l’évangélisation.

Nous pouvons particulièrement noter le relativisme qui nous laisse à penser que puisque nous serons tous sauvés, proposer explicitement aux autres le bonheur de vivre dès aujourd’hui avec le Christ est inutile. Mais également l’immobilisme, qui conduit à ne rien rénover et le cléricalisme, qui discrédite l’action des laïcs, ou encore le sécularisme, qui nous plonge encore parfois dans l’enfouissement. Sans oublier l’activisme, qui nous oblige à faire feu de tout bois sans pour autant mettre le feu quelque part, ou le fonctionnalisme, qui conduit à une logique de pouvoir où l’action évangélisatrice est cadenassée, étouffée par ceux qui pourraient au contraire aider à voir naître de nouvelles initiatives. Nous pourrions enfin citer le manque de charité, d’amour, entre chrétiens, qui atteint parfois, hélas, notre unité.

Pour faire sauter ces verrous, c’est finalement notre ancrage en la personne Christ, par la prière et l’Eucharistie, qui prévaudra. Comme le disait en décembre 2011 le prédicateur de la maison pontificale, le Père Raniro Cantalamessa, il faut « un grand acte de foi et d’espérance pour une nouvelle évangélisation ». Ce pourquoi succédera d’ailleurs au synode une « Année de la foi », que nous attendons tous avec impatience.

(1) l’herméneutique est, en théologie, l’interprétation des textes
(2) Ainsi Isabelle de Gaulmyn dans cet article de La Croix

 

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